‹ ŒuvresChapitre 49 sur 56 · DE GENEST · texte numérisé non relu

DE GENEST

miciens traiterait un sujet de rhétorique ou de poétique, en attendant que la compagnie donnât quelque chose de complet sur ces deux arts , dont les diverses parties , quoique dépendantes les unes des autres, peuvent aisément se détacher.

» Voilà , monsieur, ce que ma mémoire peut se rappeler touchant l'abbé Genest, que nous perdîmes la nuit du 19 au 20 de novembre 17 19. Je vous remercie de m'avoir mis sur ce sujet : vous êtes cause que j'ai passé une journée qui me paraît une des plus belles de ma vie. Je viens Je l'employer toute entière à m'entretenir d'un ami , et avec un ami. Qu'y aurait-il de plus doux pour moi , si ce n'est de vous entendre ? »

d'Olivet.

NOTES

(1) Le refroidissement de la nation française pour la philosophie cartésienne peut sans doute avoir influé sur le peu de succès du poème de l'abbé Genest eu l'honneur de cette philosophie : mais ce peu de succès eut une cause plus réelle dont l'abbé d'Olivet ne parle pas ; c'est la faiblesse de la poésie , c'est que l'ouvrage est moins en vers qu'en rimes. On aurait tort d'en accuser la matière. Un homme de génie , un vrai poëte , eut bien su embellir et animer un pareil sujet. I*e système ingénieux et pittoresque des tourbillons cartésiens fournissait à la poésie bien plus de mouvement et d'images que l'aride et géométrique philosophie de Newton. Cependant lisez les beaux vers où Voltaire a parlé du système du monde et de l'attraction des planètes , et voyez quels charmes il a su répandre sur le tableau de cette philosophie , qui paraissait bien plus faite pour être démontrée que pour être chantée. Celle d'Epicure que Lucrèce a mise en vers , n'est guère plus vraie que celle de Descartes ; cependant on lit tous les jours Lucrèce , et on ne lit point l'abbé Genest. Lucrèce , il est vrai , a exposé sèchement les dogmes d'Épicure , assez semblables à ceux de Newton , en quoi il a montré moins de talent que Voltaire pour enrichir des beautés de la poésie ce qui n'en semble pas susceptible : mais le poëte latin a du moins eu l'avantage de dédommager son lecteur par quelques morceaux intéressans ou sublimes qu'il a su lier à son sujet ; au lieu que l'abbé Genest a simplement rimé les opinions de Descartes, a peu près comme le P. Buflier a rimé l'abrégé de l'histoire ancienne et moderne.

(a) Ces tragédies , à l'exception de Zéhnide , eurent dans leur nouveauté peu de succès. Elles parurent froides et sans coloris. Pénélope fut la plus maltraitée ; elle n'eut que six représentations : on lui a rendu dans la suite plus de justice , quoique le style en soit négligé.

Page 1