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SUSPENSION DE LA PUBLICATION DE L AMI DU PEUPLE

La manifestation de'découragement et de désespoir contenue dans le numéro précédent n'était pas, comme on eût pu le croire, une figure, un moyen de secouer l'indifTérence des patriotes; le lendemain, sans avertissement, comme s'il n'eût pas voulu éveiller l:i police

sur sa résolution, dit M. Bougeart, Marat terminait la tâche qu'il s'était imposée, au n° 626, du 15 décembre 1791, et se retirait à Londres.

C'est que l'attitude de l'Assemblée législative lui avait enlevé ses dernières illusions. Dès sa troisième séance la nouvelle Assemblée avait juré solennellement de maintenir intacte la Constitution votée par la dernière Assemblée. On connaît les griefs essentiels de Marat contre celte Constitution ; et il écrivit aussitôt : « Amis de la patrie, cette pantalonnade est le tombeau de la liberté naissante -, les nouveaux pères conscrits ne valent pas mieux que les anciens. Dieu sait combien on comptera parmi eux d'opineurs de la culotte ; n'attendez d'eux qu'infidélité, misère et désolation. »

Les actes qui avaient suivi n'avaient fait que confirmer cette première impression, et Marat écrivait dans son n° 608, du 2Zi novembre : « La seconde législature n'est pas moins pourrie que la première. »

A quelques jours de là, dans son numéro du 50 novembre (u" 613) , Marat, adressait au peuple ce dernier appel :

« Je ne vois qu'un moyen de rétablir l'ordre de l'État : c'est que la nation, soulevée à la fois dans tous les coins du royaume, fasse main-basse sur lous les meneurs des ennemis piil)lics, passe l'éponge sur tous les décrets des pères co.snits, expulse le despote avec lous les siens, arme tous les membres de l'État, et charge quelque tête saine de lui p'oposer une constitution dont la déclaration des droits serait la base, où la souveraineté du peuple soit consacrée de même que la juridiction des commettants sur les commis, la permanence des assemblées civiques, l'autorisation des citoyens à résister les armes à la main à tout ordre arbitraire et à courir sus les ennemis de la patrie, la parfaite sépaiation des pouvoirs, la restriction des préro-

galives du prince, enfin la précaution de n'exiger des citoyens et des fonctionnaires publics que le serment de défendre la liberté et d'être fidèles à la patrie. »

<( Cette fois encore son appel fut vain, écrit M. Bougeart. Le peuple s'était un instant réveillé de sa léthargie à l'ouverture delà législative; mais, voyant les nouveaux représentants suivre la marche de leurs prédécesseurs, il s'était affaissé sur lui-même comme un corps inerte ; le cadavre ne semblait plus galvanisable. »

Le 13 décembre VA?ni du peuple se faisait écrire par un correspondant : « Finissez-en, cher Marat, il en est temps ; qu'avez-vous gagné depuis que vous vous êtes déclaré le défenseur d'un peuple corrompu, toujours prêt à fermer l'oreille aux avis salutaires que vous n'avez cessé de lui donner sur les machinations de ses infâmes mandataires et de ses perfides agents? Vos prédictions, sans avoir quelquefois ce degré de vraisemblance qui force à agir, ne devaient-elles pas le mettre sur ses gardes en les voyant toutes se réaliser? Ne devaient-elles pas vous assurer repos et liberté? Mais il semble que plus vous accumuliez les preuves, moins vous persuadiez... Depuis deux ans ils n'ont cessé de crier que VAî)ii du peuple est un incendiaire ; ils verront les torrents de sang qui vont couler... » (N° 62Zi, du 12 décembre).

Pendant trois mois environ, Marat, retiré à Londres, garda le silence. Dans le courant de mars 1792, il publie le prospectus de l'Ecole du citoyen, ouvrage qui devait paraître eu deux volumes in-S", et qui devait être le résumé des idées politiques précédemment exprimées par Marat.

« Les lecteurs qui n'ont pu se procurer Y Ami du peuple, dit le prospectus, seront flattés d'en trouver

les morceaux les plus saillants fondus dans ['École du citoyen... C'est un livre indispensable à tous les Français qui aiment à s'instruire de leurs droits et à connaître les ressorts qu'on a fait jouer pour égarer le peuple et l'asservir continuellement, pour le réduire à la misère, le tourmenter sans cesse par la famine, pour écraser les amis de la liberté, assurer l'impunité aux conspirateurs, souffler le feu de la discorde, livrer le royaume aux désordres de l'anarchie, et allumer dans tous ses points les torches de la guerre civile. »

Le club des Cordeliers se chargea de distribuer les prospectus de Y École du citoyen. 11 le fit accompagner de l'avis suivant : « Les sociétés patriotique^ de la capitale ayant bien senti, depuis la suspension du journal intitulé l'Aïni du peuple, par les persécutions inouïes exercées contre l'auteur, que la patrie manquait de son défenseur le plus zélé et le plus ferme, viennent de se réunir à celle des Cordeliers pour inviter Marat à reprendre la plume. Convaincues que tout le bien qu'on a le droit d'attendre de ce journal, si redouté des ennemis de la liberté, ne pourra s'opérer qu'autant qu'il sera répandu dans le royaume entier, elles ont désiré qu'à commencer à la reprise il fût {proposé par souscription et au plus bas prix possible. »

V École du citoyen ne parut pas, mais Y Ami du peuple reparut le 12 avril 1792 à son 627" numéro. Pendant sept jours de suite le journal reproduisait en tète de ces articles l'arrêté du club des Cordeliers qui invitait Marat à reprendre la plume.

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