FAUSSE MARCHE DE LA CONVENTION
C'est un grand problème à résoudre et dont un profond politique peut seul donner la solution, que celui de déter-
(1) Fabre d'É?lanfine, dans son Portrait de Marat, apprécie en ces termes Marat comme orateur, et rapporte l'impression qu'il produisit dans cette fameuse séance :
« Mais ce Marat, faible par son cœur, si nous le considérons sous le rapport de son esprit et de son âme, nous verrons un bomrne d'une tête forte, d'un courage invincible, d'une fermeté inébranlable. Jamais je ne l'ai vu, dans les orages même les plus violents, sans une présence d'esprit rare et constante dans ses desseins, dans leur exécution, dans ses opinions, dans sa baine patriotique, rien ne le faisait dévier, rien ne le faisait flécbir. Ce n'tflail pas opiniâtrement, car il savait écouler la raison et savait la louer dans autrui quand elle surpassait la sienne, et cela d'un air tellement simple, que tel en faisait bonneur plutôt à sa propre supériorité qu'a sa candeur. Dans le danger, dans les attaques immédiates et les plus épineuses, dans les persécutions les plus violentes, son courage et son intrépidité furent dignes d'admiration; nul revers ne l'abattait, nulle considération ne le dominait. On en trouvera la preuve spéciale dans la manière dont il soutint à la Convention l'attaque terrible et combinée de toute l'aristocratie de France dans la personne de ses ennemis présents; dans la victoire éclatante (]u'il remporlii, lui seul, sur eux tous, par l'intrépidité de son maintien et la force de sa logique; dans la terreur qu'il leur renvoya dans l'âme, le mépris à la boucbe et le pistolet à la main
« U avait plus que de la bonhomie ; l'une des bases de son caractère était cette pudeur ineffaçable qu'engendrent et nourrissent toujours, dans une âme honnête, la simplicité, l'amour du vrai, le sentiment du beau et du bon ; aussi rien ne l'indignait plus que l'impudence. L'aspect de l'effronterie unie à la dissimulation, tantôt lui donnait des accès convulsifs, tantôt lui donnait dans le discours et jusque dans l'attitude une dignité mâle, une fierté grave, sous lesquelles sa petite stature disparaissait. Je vous rappelle à la pudeur, était alors sa locution favorite, et quoiqu'il ait eu souvent besoin d'en user, l'expression qu'il y mettait en était si fortement sentie, qu'elle ne parut jamais parasite dans sa bouche. »
miner la manière dont les P'ratiçais sortiront de l'anarchie dans laquelle ils s'enfoncent chaque fois de plus en plus. Les bonnes gens répondront par la Convenlion nationale. Je le désire de toute mon âme; mais il est aisé de prévoir que ce n'est pas en suivant la marche qu'elle paraît avoir adoptée. Elle veut le bien, s'écrie-t-on. Je le sais : mais il ne suffit pas de le vouloir pour le faire, si l'on ignore la manière de l'opérer. Or, à cet égard, elle n'a point de plan d'opérations, et elle se laisse entièrement influencer par la cabale de l'Assemblée constituante et de l'Assemblée législative, à la tête de laquelle se trouve la clique de la Gironde et des Bouches-du-Rhône (1).
Parmi les conjurés de ces deux assemblées, les uns regrettant leur ancienne puissance, s'agitent pour ne pas voir anéantir leur ouvrage, les autres, déplorant la perte de leur popularité, s'efforcent d'entraîner la Convention nationale hors des murs de Paris où ils sont si bien connus ; tandis que les meneurs de la clique de la Gironde et des Bouches-du-Rhône cabalent jour et nuit pour déchirer l'État, fonder une république fédérative, établir l'aristocratie sur les ruines de la royauté, s'emparer des premières places dans leurs villes respectives, concentrer dans leur famille toute l'autorité, faire fleurir les lieux qui les ont vus naître, et se faire préconiser comme les restaurateurs de leur patrie.
Ces desseins ambitieux, conçus de longue main sur l'oreiller, ont été concertés dans des conciliabules secrets, même avant la convocation de l'Assemblée conventionnelle. Pour en assurer l'exécution, il fallait avant tout se coaliser avec le pouvoir exécutif, qui tient entre ses mains tous les ressorts de l'État : ils l'ont composé à leur gré dans la jour-
(1) L'ànie de ceUe clique est le pédant Buzot. le formaliste Lacroix, l'irascible Guadet, le perfide Brissot, le double ^.en^onIlé, le tartufe Rabaut. Je ne dirai rien du frère coupe-choux Gorsas et de iMichel-Morin Barbaroux; je ne parloiai pas ici de Condorcet, on le dit retiio de la bande qu'il frté|>riïe. de niénie (juAnlome et Bazire.
[^ote lie Murât.)
née (lu 10, en y rappelant ti-ois de leurs créatures, et en y portant deux de leurs suppôts auxquels ils ont accolé un homme qui a pour lui la faveur du peuple. Il fallait ensuite travailler à perdre de réputation les Parisiens aux yeux de leurs frères de tous les départements. La calonmie, couverte du voile de la haine, de l'oppression et de l'injustice, arme ordinaire des fripons publics, a volé de la tribune de l'Assemblée législative et des bureaux de Roland, dans tous les points de l'empire, pour peindre la commune de Paris comme une horde de cannibales, au sujet des événements désastreux des 2 et 3 septembre.
Mais c'était contre la municipalité et son comité de surveillance qu'étaient dirigés les traits les plus empoisonnés. Dans des libelles répandus avec profusion et des placards affichés dans toutes les municipalités, avant de les publier dans Paris, on peignait les municipaux du 10 qui ont sauvé la France, comme des usurpateurs qui s'étaient emparés de tous les pouvoirs, et dont l'autorité arbitraire répandait autour d'eux l'épouvante et la consternation. Cent suppôts des conspirateurs înis en jeu par des mains inconnues réclament contre de prétendues arrestations illégales, de prétemiues vexations, de prétendus attentats. Guadet, Vergniaud, Lasource, Lacroix, font retentir les voûtes du Corps législatif de leurs dénonciations mensongères, en demandant la destitution des municipaux et le rétablissement de leurs devanciers contre-révolutionnaires. Chaque jour Roland vient vociférer les mêmes faussetés en sollicitant la même destitution. Brissot, Condorcet, Gorsas, Duiaure, Feuillant, Perlet et tous les autres folliculaires répandent à l'envi ces impostures dans tout l'empire A ces intïpostures en succèdent de nouvelles.
Des ordres secrets de Roland avaient fait arrêter dans plusieurs départements les commissions de la municipalité parisienne. Bientôt des dénonciations officieuses arrivent de différents corps administratifs, pour les dénoncer comme des oppresseurs , des voleurs et des assassins. Le moment paraissait favorable pour perdre la députation de Paris. La clique Brissotine l'attaque au sein même de la Convention,
en l'accusant d'aspirer au triumvirat, au tribunal, à la dictature. Ce complot est à peine déjoué par VAmi du peuple, que la clique forme celui d'écraser le Comité de surveillance sons le poids d'inculpations atroces. Elle l'accuse de dilapidations, d'emprisonnements arbitraires, de calomnies contre le Corps législatif. Les suppôts de la Commission des vingt-quatre entassent impostures sur impostures dans de faux rapports. La vérité se fait jour, et la cabale, poussée dans ses derniers retranchements, et réduite à répandre l'alarme par le projet désastreux d'environner la Convention d'une force armée, d'une garde prétorienne suivant l'usage des tyrans, pour exciter des désordres occasionnés par les factieux conjurés avec elle, causer des inquiétudes aux députés purs, mais faibles, sur leur sûreté personnelle, crier au bouleversement de l'État, soulever les départements contre Paris, se ménager à eux-mêmes un prétexte de fuir ses murs et d'entraîner la Convention nationale dans leur fuite. Événement fatal qu'ils ne cessent de provoquer pour fonder la république fédérative; événement désastreux que les Parisiens préviendront par leur modération, leur retenue, leur sagesse. C'est Vy4>ni du peuple, toujours dépeint par les traîtres comme un boute-feu, qui les y invite au nom du salut public. Encore quelques jours et la clique infernale sera complètement démasquée ; bientôt la Convention nationale ouvrira les yeux, et c'est alors seulement qu'elle pourra travailler à sauver la république.
(.N'ôS. — Du 2 novembre 1702.)