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L'ATTITUDE DE MARAT

Dans le n" 107, du 26 janvier, Marat tirait l'importante conséquence politique de l'acte du 21 janvier :

Lundi dernier, jour à jamais mémorable dans les fastes de notre République naissante^ toutes les têtes couronnées de la terre ont été dégradées par les Français en la personne de Louis XVI. Adieu donc l'éclat des trônes, le prestige des grandeurs mondaines! Adieu tout respect humain pour les autorités constituées elles-mêmes, quand elles affectent quelques tendances à s'élever au-dessus du commun niveau I Matière à réflexion pour les anibitieux.

Et faisant un retour sur les projets de dictature qu'on lui a prêtés, il ajoute avec une raillerie incisive :

Je charge par ces présentes mes lieutenants généraux d'ouvrir un emprunt de 45 livres pour payer ma maison politique, diplomatique, civile et militaire... Je me propose d'employer ladite somme à me donner une paire de bottes, car aussi bien les miennes commencent à être à jour.

Bien loin de chercher à fortifier son parti, comme on dit, Marat réprouvait au contraire tout ce qui eût pu donner à sa politique un caractère autoritaire.

Il écrivait dans son no 80, du 21 décembre 1792 :

Il y a quelques jours je fus abordé par quelques Marseillais qui me dirent ; Marat, votre parti grossit tous les jours, nous en sommes. Je leur répondis : Camarades, je n'ai point de parti, je n'en veux point. Soyez libres et heureux, voilà tout ce que je demande. Quant à moi, mes concitoyens payeront de leur estime mes efforts constants pour sauver la patrie, je ne désire rien de plus.

Après le 21 janvier, Marat, pendant quelques jours,

prend à tâche d'adoucir son ton ordinaire ; il avait espéré que les discussions intestines qui jusqu'alors avaient divisé la Convention, s'éteindraient devant la tombe de Lepelletier. Mais il écrivait dans son u" \ 09, du 28 janvier :

Vaine attente! Le soir même de l'inhumation de la victime, elles éclataient avec fureur à propos de la nomination d'un nouveau président... J'aurais fort désiré pouvoir déposer le fouet de la censure, mais il est plus de saison que jamais... Vouloir que les ennemis de la Révolution par sentiments, par principes, par intérêts, se sacrifient de bonne foi à la patrie, c'est prétendre la chose impossible; car les hommes ne changent pas de cœur, comme le serpent change de peau. .. Il ne s'agit donc plus de vivre en paix avec eux, mais de leur déclarer une guerre éternelle.

Pour montrer combien Marat s'identifiait lui-même à la cause du peuple, on peut citer ce passage de son n° 113, du 3 février :

Ou ne peut que rendre justice à l'énergie qu'a déployée Cambon depuis quelque temps. Le voilà jnaratisé (il est bien entendu que c'est sous le rapport des principes), me disent mes collègues de la Montagne. Tant mieux pour lui! Le public, témoin de ses efforts, le comble déjà d'éloges, et l'épi Ihète de maratiste, dont la faction Roland avait fait une injure, deviendra un titre d'honneur; car il est impossible sans être maratiste d'être patriote à l'épreuve, vrai défenseur du peuple, martyr de la liberté!

(N" 126. — Du 18 février 1793.) SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION.

Dans la séance du 15, s'est présenté à la tribune le rap-

porteur du comité constilutif, accompagné de plusieurs memlires de ce comité. Le président annonce la lecture de la Constitution; à ces mots faits pour réveiller les idées les plus imposantes, se manifestent de toutes parts des signes de curiosité, suivis à l'instant même du plus profond silence. Un discours préliminaire a servi de préambule, et quoique entièrement dans le genre polémique et débité du ton nasillard de Gondorcet, il a été écoulé jusqu'au bout avec la plus grande attention.

Dans ce discours, l'auteur passe en revue différentes opinions accréditées sur divers points de politique, particulièrement sur la forme à donner au sénat national ; il se décide pour une seule chambre. Puis il rend hommage à l'opinion publique qui a consacré la fonction des lois par le peuple et il développe au long les diverses précautions à prendre pour enchaîner les assemblées primaires, sous prétexte de n'y laisser régner le désordre et de prévenir qu'elles ne se livrent à l'insurrection. Considérée sous son vrai jour, cette dissertation est le prisme à travers lequel le comité cherchait à faire voir son travail, c'est-à-dire la Constitution.

Elle a été lue par Gensonné, que son ton nasal a fait appeler le canard de la Gironde, de tous les lecteurs le moins propre à faire illusion.

A la tête delà Constitution est la déclaration des droits naturels, civils et politiques; travail indigeste, sans base et sans analyse, où tous les rapports sont confondus et où perce à chaque ligne la crasse ignorance d'un praticien.

La formation du Corps législatif n'otfre qu'un fatras de petits articles réglementaires sur l'élection de ses membres, leur manière de voter et la police de leurs assemblées ; c'est un chef-d'œuvre de puérilité.

La formation du conseil exécutif est à la nomination des assemblées primaires; sa suprématie sur toutes les autorités constituées et son indépendance en quelque sorte du Corps législatif, en font un corps redoutable que les noms seuls distinguent de l'ancien pouvoir exécutif; car le président du conseil est un monarque en personne sous la dé-

nomination de citoyen ministre. On a dit plaisamment que cette partie de la Constitution est un habit taillé pour Roland, et elle fait aujourd'hui une mauvaise figure, depuis que le règne de cet intrigant cafard est fini. Toujours est-il certain qu'au moyen des postes qui sont sous sa main, de 800,000 livres qu'il a dilapidées pour égarer la nation, il avait tout préparé pour se faire nommer par le peuple qu'il aurait pu conduire, dominer en maître et conduire an diable comme il aurait voulu.

Dans ce plan, les corps administratifs et les tribunaux ont des fonctions assez étendues; mais ce sont les assemblées primaires qui jouent le grand rôle, car elles sont sans cesse en mouvement pour la uioindre chose, de sorte que les auteurs du plan de Constitution ne laissent point d'autre occupation aux citoyens que celle de s''assembler et de délibérer. On peut voir un échantillon de cette manie dans la manière dont ils les mettent en lair d'un bout à l'autre de l'État, pour exercer le droit de censure sur les actes du Corps législatif. Qui croirait que pour faire proposer une nouvelle loi, ou rappeler une ancienne, ce que peut faire si aisément un simple député, ils tiennent cinq millions d'iiommes sur pied pendant six semaines? C'est un trait de folie qui mérite aux législateurs constitutifs une place aux petites maisons, avec d'autant plus de justice qu'ils ne permettent pas à leurs collègues de se tromper, car ils excluent du Sénat pour une session entière, les membres qui auront voté pour un décret qui serait rappelé.

Une chose digne de remarque dans le nouveau plan, c'est que le droit de pétition est anéanti, et qu'il n'y est nidlement question de sociétés populaires; car tout ce qu'elles font si bien volontairement, elles le font faire obligatoirement aux assemblées primaires.

La nouvelle Constitution ne mérite pas d'être mieux analysée; je m'en tiendrai donc à cet aperçu : j'observerai seulement que ces vices monstrueux qui la déparent ont fait mettre en question si les membres de la faction criminelle qui l'ont rédigée ont eu dessein de jeter la nation

dans le découragement, en lui présentant cet essai informe au lieu du travail précieux qui devait couronner ses espérances. Mais il est plus simple de dire que les fripons ont travaillé pour eux-mêmes. Leur sottise est d'avoir pu croire que leurs opéraiions ne seraient pas réduites à leur juste valeur. jf

Ils ne pouvaient mieux servir la chose publique que par cet essai monstrueux; ils l'auraient perdue par un ouvrage médiocre, qui peut-être aurait passé. Le leur a indigné, et c'est pour les faire connaître par leurs œuvres que les patriotes ont demandé l'impression de ce chef-d'œuvre et l'envoi dans toute la République.

Au demeurant, c'est de la Montagne que sortira la Constitution, et malgré cet essai puéril et perfide, l'attente du peuple ne sera pas trompée.

(N° 152. — Du 2i février 1795.)

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