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MOYEN DE PARER AUX DANGERS ET DE REMÉDIER AUX MALHEURS DE LA PATRIE

La patrie est en proie à la fois aux horreurs de la guerre extérieure, aux horreurs de la guerre civile, aux désastres de la misère et à la crainte de la fauiine : elle ne succombera point sous le poids de ses maux; ses ressources sont immenses, si l'on ?ait les employer.

Dans l'état actuel des choses le danger le plus imminent est celui de voir de nouveaux départements, entraînés par l'exemple de ceux de l'Euie, du Calvados et du Jura, c'està-dire de voir les ennemis de la liberté y élever l'étendard

de la révolte contre la Convention. Prendre des mesures vigoureuses contre les directoires rebelles, comme Ta fait la Convention, éclairer tous les citoyens par un historique bien fait sur les causes de la dernière insurrection de Paris, et présenter à la République entière le nouveau projet de Constitution, sont les moyens les plus efficaces pour prévenir ce malheur et rallier tous les enfants de la patrie autour de ses autels.

Les dangers les plus redoutables qui menacent la patrie, nous viennent ensuite de la guerre civile qui a éclaté dans quelques départements. Pour réduire enfin d'un seul coup tous les contre-révolutionnaires révoltés, le seul moyen efficace est de rappeler les légions infidèles, envoyées contre les rebelles, après en avoir arrêté les chefs, de destituer les généraux suspects et de requérir tous les citoyens de huit ou dix départements contigus de s'armer de fourches, de faux, de piques, de fusils, de sabres, de prendre avec eux des vivres pour huit jours, de se joindre aux troupes envoyées contre les rebelles, de tomber dessus à la fois et de les écraser sans merci, comme ont fait les braves sansculottes du Cantal.

Les biens des principaux rebelles doivent être offerts en récompense et partagés entre tous ceux qui auront concouru à cette salutaire expédition.

La rébellion une fois étouffée au dedans, la guerre du dehors ne sera plus qu'un jeu ; les puissances conjurées n'ayant plus d'appui au sein de l'Etat, prendront le parti de demander elles-mêmes la paix.

En attendant, il faut se mettre en état de les pousser avec vigueur.

Placer le département de la guerre dans des mains habiles et sûres, destituer les généraux sur lesquels on ne saurait faire fonds, réprimer ceux qui visent à l'indépendance, et s'en tenir au système défensif, sont des mesures indispensables.

Une triste expérience a prouvé que le ministère de la guerre était trop pesant pour les épaules d'un seul homme, quels que soient ses talents et son désir de bien

faire, aujourd'hui surtout que la République a onze armées sur pied, et que les simples signatures emportent huit heures.

On a donc été forcé de songer à diviser le ministère entre plusieurs ministres, en donnant à chacun le soin d'une armée ou de former un conseil d'administration. Le second mode ne diffère du premier que par le nom, car pour ne pas s'entraver et ne pas se croiser réciproquement, ces ministres seraient bien forcés de concerter leurs opérations^ comme les membres du conseil administratif. C'est donc là le seul parti à prendre, si l'on veut que la machine marche. La difficulté est de trouver des sujets éclairés, actifs et probres, aujourd'hui que le despotisme a corrompu tous les hommes de talent qui ont voulu se vendre.

Quant à la réforme des généraux, elle est plus facile; car les nobles, leurs créatures, et leurs valets qui sont à la tête de nos armées, quoi qu'on en dise, sont les plus ignorants de nos officiers généraux.

Au milieu des malheurs qui affligent la patrie, l'un des dangers qui la menacent le plus dans ce moment, et dont les suites seraient irréparables, c'est le désespoir où la rapacité des accapareurs et la cupidité des marchands vont pousser le peuple qui sera bientôt dans l'impossibilité d'atteindre le prix exorbitant des denrées de première nécessité, si la Convention ne prend pas sans délai des mesures efficaces pour le faire baisser. Qu'a-t-il gagné à la Révolution? dira-t-il alors en frémissant; mieux valait le despotisme avec tous ses abus.

Pour précipiter le retour de l'ancien régime, il suffira peut-être que quelque adroit fripon lui présente le tarif comparé des denrées sous le despotisme et sous la Répubhque.

Ces mesures mêmes ne suffiraient pas pour rétablir l'ordre et cimenter la Révolution si, renonçant enfin à ces fausses maximes de liberté illimitée des opinions et de la presse, on ne sévit encore contre les scélérats qui servent de leur voix et de leur plume la cause des contre-révolutionnaires. Si la liberté des opinions doit être illimitée,

c'est pour servir la patrie et non pour la perdre. Tout doit être licite pour faire le bien, et rien ne doit être licite pour faire le mal : il faut que le parii patriotique écrase la faction ennemie ou qu'il en soit écrasé. Ainsi point de quartier aux libellistts à gages qui calomtiieni la Révolution, qui diti'ameiit les opéiations des autorités constituées fidèles à la patrie, qui pervertis.^ent l'esprit public! que leurs presses soient brisées, et qu'ils soient renfermés dans des maisons de correction.

Par la même raison, que les postes soient inspectées et qu'on ne permette à aucun écrit dangereux de circuler.

Nous avons été jusrju'ici à cet égard dans des principes funestes, et notre police a été celle des habitants des Petites-Maisons. Dans quel pays du moniie le téméraire qui trouble Tordre établi n'est-il pas »é|)iimé et pimi, et pourquoi ne ferions-nous pas, i)0ur établir ie i-ègne de la justice, ce que les despotes font pour le détruire?

Depuis quatre ans que nous parlons liberté, nous n'en avons pas encore les premièi'es notions. Apprenez-donc, dissertateurs impitoyables, qu'elle n'est faite ni pour les fous, ni pour les furieux, ni pour les méchants, mais pour les hommes de bien qui n'en veulent pas abuser. Autant vaudrait la réclamer pour des brigands tapis dans un bois, que pour les ennemis de la patrie guin^iés à une tribune ou a>sis dans une toge. Il n'y a que des imbéciles et des traîtres qui puissent nier ces vérités.

(N" 233. — Dii 4 juillet 1793.)

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