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livre dans le dessein formel d'établir l'inutilité de

« ces connaissances, pour i^ai venir à celle de l'homme, « Esprit faux et superficiel, il commença par poser un « système absurde où tout est réduit aux causes mo- (( raies; puis, donnant hardiment ce système pour le c seul vrai, il va glanant dans l'histoire quelques « traits particuliers à l'appui de son opinion, et donne M. la torture à son esprit pour y plier les phénomènes. « Aussi son livre n'est-il à cet égard qu'un continuel (( tissu de sophismes, orné avec soin du vain étalage « d'une vaine érudition. »

Le livre de Marat est surtout composé, comme l'indique son titre, d'observations sur l'influence réciproque de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme, et il se rattache à la méthode positive qui pose comme principe d'investigation cet axiome : « L'observation des faits est la seule base des connaissances humaines. »

Marat n'a pas d'ailleurs de sysièine et il repousse toute hypothèse métaphysique ainsi que l'indiquent les passages suivants :

« L'âme et le corps n'ont aucun pouvoir immédiat (( réciproque ; ces substances sont distinctes, sans nul « rapport nécessaire, et uniquement unies entre elles « par le fluide des nerfs, ainsi de quelque manière « qu'elles s'affectent, elles n'agissent jamais l'une sur « l'autre sans l'intervention de ce fluide et jamais sans « un mouvement communiqué. C'est du mouvement « communiqué à ce fluide combiné dans ses diffé- « rents degrés de force avec l'élasticité des fibres et <, les divers organes affectés, que dépendent les phéno- (( mènes du moral sur le physique. » — « La sensibl- « lité du corps, dit-il ailleurs, est la mesure exacte de « la sensibilité de l'âme. D'où cette loi : la sensibilité « de chaque individu dépend de causes purement « physiques. »

Mais comment la sensibilité, si délicate qu'on la suppose, peut-elle se traduire en une image, en une réflexion ? « Cette question est au-dessus de ma por- «tée. ... Osons reconnaître notre faiblesse, et ne « prétendons pas renverser par nos vains raisonne- « ments les lois sublimes delà nature, afin de rabaisce ser cà notre portée ses merveilleux secrets... Nous « ignorons le fond des choses : la connaissance de leurs « rapports est la seule à laquelle il nous soit permis « d'atteindre. »

Ce livre provoqua une réponse de Voltaire, dans lequel l'auteur est traité assez vivement et assez lestement. M. Michelet, dans son Histoire de la révolution^ fait de cette sortie de Voltaire un argument contre Marat : « Le malicieux vieillard répondit par un arti- « cle spirituel, amusant, judicieux où, sans s'expliquer « sur le fond, il montre seulement l'auteur comme « il est, charlatan et ridicule. » A ce jugement de M. Michelet, M. Bougeard oppose la réponse suivante faite par Marat lui-même à Camille Desmoulins qui lui reprochait aussi malicieusement ce blâme de Voltaire: « Que vous êtes cruel, Camille! pour me faire mieux (( sentir le poids des ans, vous me rappelez que Vol- « taire s'est moqué de moi, il y en a vingt-quatre « (erreur typographique). Je me souviens en effet « qu'en 1776 le marquis de Ferney, piqué de se voir « mis à sa place dans mon ouvrage sur tHotnme essaya. « d'égayer ses lecteurs à mes dépens. Et pourquoi « non ? 11 avait bien pris la môme liberté avec Mcn- « tesquieu et avec Rousseau. Peut-être je m'abuse ; « mais il me semble que ce sont moins les injures et € l'ironie qui blessent, que le sentiment de les avoir € méritées ; d'après cela, jugez combien je me suis « aisément consolé des pasquinades de Voltaire, en

« voyant qu'il avait eu houle de les avouer et qu'il « avait été réduit à tronquer mon livre pour amu- K ser les sots ; que sais-je même si les rieurs au- « raient été pour lui, si son disciple La Harpe n'avait « pas refusé d'insérerla réponse à côté delà diatribe?» {]:A))ndu Peuple, n° Zi55, 11 mai 1791.)

Vers la même époque, 1774, parut également à Londres un ouvrage politique de IMarat, ks Chaînes de t esclavage.

Avant de parler de cet ouvrage, mentionnons quelques travaux scientifiques dont la publication précéda l'entrée définitive de Marat dans l'arène politique :

C'est d'abord un troisième ouvrage édité en Angleterre sous ce titre : An essaij on a singular disease of the eyes, by M. M..., Essai sur les maladies des yeux. Ce livre est inconnu des bibliographes français, mais à ce propos, Simonne Evrard, la veuve de Marat, dans son prospectus de la réimpression des OEuvres politiques de VAmi du peuple, nous apprend que Marat avait acquis une grande célébrité dans la curation des maux d'yeux.

1779. — Découverte de M. Marat, docteur en médecine et médecin des gardes du corps de Mgr. le comte d'Artois, sur le feu, ï électricité et la lumière. — Le livre commence par un rapport de l'Académie des sciences en date du 17 janvier J779 sur le travail publié qui lui avait été d'abord soumis sous forme de Mémoire. Ce rapport apprécie ainsi le travail de Marat : « La saine physique ne marchant qu'à l'aide de l'expérience, tous les mémoires, tous les traités ne doivent être qu'un composé d'expériences bien faites et bien constatées, servant de base aux vérités qu'on se propose d'établir : telle est la marche que l'auteur a suivie. Son mémoire en renferme plus décent vingt qui, toutes, ou

au moins la plus grande partie, ont été faites par un moyen nouveau, ingénieux et qui ouvre un grand champ à de nouvelles recherches dans la physique : ce moyen c'est le microscope solaire. »

Sans vouloir insister autrement sur la valeur scientifique des travaux de Marat, cette attestation suffit pour indiquer que Marat était à tout le moins un expérimentateur intelligent et consciencieux.

L'année suivante, 1780, Maratpublia des Recherches physiques sur le feu et, la même année, des Découvertes sur la lumière \

En 1782 ; Recherches physiques sur F électricité ;

En 1784 : Notions élémentaires cTojJticjue et Mémoire sur t électricité médicale ;

H%h: Lettres ciel observateur Ron Sens ci M. f/e***, sur la fatale catastrophe des infortunés Pilastre des Rosiers et Romain, les aéronautes et t aérostation ;

1787 : Traduction de F Optique de Newton, avec cette particularité que cette traduction parut sous la signature de M. Reauzée Fun des quarante de F Académie française qui s'intitule : éditeur de cet ouvrage.

1788 : Mémoires académiques^ Nouvelles découvertes sur la lumière. Marat dit de ce livre dans la préface : « C'est le fruit de trois années de recherches profondes K et de cinq mille expériences... Cet ouvrage, l'un des « moins imparfaits qui soient sortis de ma plume, « n'a presque rien de commun avec ceux qui ont paru « jusqu'ici sur la lumière, n Les Nouvelles découvertes sur la lumière ne tendent pas à moins qu'à faire changer de face l'optique.

Dans le prospectus des Œuv)'es de Marat publié par sa veuve celle-ci écrit en parlant des travaux scientifiques de Marat: «On pourrait s'étonner qu'il ait pu abandonner une si brillante carrière, si l'on ne

savait que l'amonr de la liberté est la passion la plus impérieuse dans une âme bien née. »

Ces quelques indications montrent dans tous les cas que Marat avant la révolution n'était pas un charlatan^ un médecin des écuries du comte d Artois, mais qu'il occupait une certaine position sociale, et jouissait d'une certaine considération, comme l'atteste le titre placé en tète de ses ouvrages: Médecin des gardes du corps de Mgr le comte cV Artois.

Nous compléterons cette énumération en mentionnant pour mémoire, un roman médiocre d'une authenticité douteuse, publié pour la première t'ois dans le Siècle en 18/i7 par le bibliophile Jacob sous ce titre : Aventures du jeune comte Potowski, et qui aurait été écrit vers 177/|.

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