‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 102 sur 493 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Et que le chef des Grecs , irritant les destins , Préparât d'un hymen la pompe et les festins? Ah ! Seigneur, est-ce ainsi que votre àme attendrie Plaint le malheur des Grecs, et chérit la patrie?

Dans les champs phrygiens les effets feront foi 1 9 5

Qui la chérit le plus, ou d'Ulysse ou de moi.

Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle :

Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle.

Remplissez les autels d'offrandes et de sang -,

Des victimes vous-même interrogez le flanc ; 200

Du silence des vents demandez-leur la cause ;

Mais moi , qui de ce soin sur Calchas me repose ,

Souffrez, Seigneur, souffrez que je coure hâter

Un hymen dont les Dieux ne sauroient s'irriter.

Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive , 205

Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive.

J'aurois trop de regret si quelque autre guerrier

Au rivage troyen descendoit le premier.

AGAMEMNON

O ciel ! pourquoi faut-il que ta secrète envie

Ferme à de tels héros le chemin de l'Asie ? a 1 o

N'aurai-je vu briller cette noble chaleur

Que pour m'en retourner avec plus de douleur ?

ULYSSE

Dieux ! qu'est-ce que j'entends1?

Seigneur, qu'osez-vous dire ?

AGAMEMNON

Qu'il faut, princes, qu'il faut que chacun se retire ;

I. Il y a un mouvement semblable dans Y Iliade (livre IV, vers 35o); Ulysse dit à Agamemnon qui vient de reprocher aux Grecs leur inaction :

'ATpsiVJvj, tzqXôv as è'noç yvysv ëpxo$ ààôvTtov; J. Racine, iii j i

IPHIGENIE.

Que d'un crédule espoir trop longtemps abusés , 2 1 5

Nous attendons les vents qui nous sont refusés.

Le ciel protège Troie ; et par trop de présages

Son courroux nous défend d'en chercher les passages1 .

ACHILLE

Quels présages affreux nous marquent son courroux ?

AGAMEMNON

Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. 220

Que sert de se flatter ? On sait qu'à votre tête

Les Dieux ont d'Ilion attaché la conquête ;

Mais on sait que pour prix d'un triomphe si beau,

Ils ont aux champs troyens marqué votre tombeau ;

Que votre vie , ailleurs et longue et fortunée , 225

Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.

ACHILLE

j Ainsi, pour vous venger tant de rois assemblés | D'un opprobre éternel retourneront comblés ; Et Paris , couronnant son insolente flamme , Retiendra sans péril la sœur de votre femme ! 2 3 o

AGAMEMNON

Hé quoi ? votre valeur , qui nous a devancés ,

N'a-t-elle pas pris soin de nous venger assez ?

Les malheurs de Lesbos , par vos mains ravagée ,

Epouvantent encor toute la mer Egée.

Troie en a vu la flamme ; et jusque dans ses ports , 2 3 5

Les flots en ont poussé le débris et les morts.

Que dis-je? les Troyens pleurent une autre Hélène

Que vous avez captive envoyée à Mycène 2 .

Car, je n'en doute point, cette jeune beauté

1. On peut rapprocher ces paroles d'Agamemnon de celles qu'il adresse aux chefs des Grecs dans Y Iliade , livre II, vers 140 et 141 :

$£17«/A£v ffùv vyjuci fîXyjv eç itonpiSa. yottocv • Où ykp en Tpotvjv cLiprfaofiev eùpuâ.yvtoLV.

Page 1