‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 111 sur 493 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Cependant , par un sort que je ne conçois pas , 4 1 5

Votre douleur redouble et croît à chaque pas.

ÉRIPHILE

Hé quoi? te semble-t-il que la triste Eriphile

Doive être de leur joie un témoin si tranquille?

Crois-tu que mes chagrins doivent s'évanouir

A l'aspect d'un bonheur dont je ne puis jouir ? 420

Je vois Iphigénie entre les bras d'un père;

Elle fait tout l'orgueil d'une superbe mère;

Et moi, toujours en butte à de nouveaux dangers.

Remise dès l'enfance en des bras étrangers ,

Je reçus et je vois le jour que je respire, 425

Sans que mère ni père ait daigné me sourire * .

J'ignore qui je suis ; et pour comble d'horreur,

Un oracle effrayant m'attache à mon erreur,

Et quand je veux chercher le sang qui m'a fait naître,

Me dit que sans périr je ne me puis connaître2. 430'

DORIS

Non, non, jusques au bout vous devez le chercher. Un oracle toujours se plaît à se cacher : Toujours avec un sens il en présente un autre. En perdant un faux nom vous reprendrez le vôtre. C'est là tout le danger que vous pouvez courir, 435 Et c'est peut-être ainsi que vous devez périr. Songez que votre nom fut changé dès l'enfance.

ÉRIPHILE

Je n'ai de tout mon sort que cette connoissance ;

Et ton père , du reste infortuné témoin ,

Ne me permit jamais de pénétrer plus loin. 440

1. Racine s'est souvenu du vers de Virgile (Eglog. IV, vers 62) :

Cui non risere parentes.

Il est revenu sur cette idée un peu plus loin, vers 586-588.

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