‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 153 sur 493 · ACHILLE, AGAMEMNON · texte numérisé non relu

ACHILLE, AGAMEMNON

Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, Seigneur ; je l'ai jugé trop peu digne de foi. On dit , et sans horreur je ne puis le redire , x 3 2

Qu'aujourd'hui par votre ordre Iphigénie expire, Que vous-même , étouffant tout sentiment humain , Vous l'allez à Calchas livrer de votre main. On dit que sous mon nom à l'autel appelée , Je ne l'y conduisois que pour être immolée ; 1 3 3

Et que d'un faux hymen nous abusant tous deux , Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux. Qu'en dites-vous, Seigneur? Que faut-il que j'en pense1 Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?

AGAMEMNON

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins. 1 3 3 Ma fille ignore encor mes ordres souverains ; Et quand il sera temps qu'elle en soit informée , Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée.

ACHILLE

Ah ! je sais trop le sort que vous lui réservez.

AGAMEMNON

Pourquoi le demander , puisque vous le savez ? 1 3 4

ACHILLE

Pourquoi je le demande? O ciel ! Le puis-je croire,

1. Dans les éditions de Geoffroy et de M. Aignan ce vers se lit ainsi : Qu'en dites-vous, Seigneur? Que faut-il que je pense?

IPHIGÉNIE

Qu'on ose des fureurs avouer la plus noire ?

Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux1,

Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux ?

Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente r i 3 4 5

AGAMEMNON

Mais vous , qui me parlez d'une voix menaçante , Oubliez-vous ici qui vous interrogez ?

ACHILLE

Oubliez-vous qui j'aime, et qui vous outragez?

AGAMEMNON

Et qui vous a chargé du soin de ma famille ?

Ne pourrai-je sans vous disposer de ma fille? 1 3 5o

Ne suis-je plus son père? Etes-vous son époux ?

Et ne peut-elle....

ACHILLE

Non, elle n'est plus à vous.

On ne m'abuse point par des promesses vaines . Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines , Vous deviez à mon sort unir tous ses moments , 1 3 5 5 Je défendrai mes droits fondés sur vos serments. Et n'est-ce pas pour moi que vous l'avez mandée?

AGAMEMNON

Plaignez-vous donc aux Dieux qui me Font demandée : I Accusez et Calchas et le camp tout entier , ; Ulysse , Ménélas , et vous tout le premier. 1 3 60

ACHILLE

Moi!

Vous , qui de l'Asie embrassant la conquête , Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ; Vous , qui vous offensant de mes justes terreurs , Avez dans tout le camp répandu vos fureurs.

1. Var. Vous croyez qu'approuvant vos desseins odieux. (1675-87)

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