‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 174 sur 493 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Le soldat étonné dit que dans une nue 1785

Jusque sur le bûcher Diane est descendue 1 ,

Et croit que s'élevant au travers de ses feux ,

Elle portoit au ciel notre encens et nos vœux.

Tout s'empresse, tout part. La seule Iphigénie

Dans ce commun bonheur pleure son ennemie . 1790

Des mams d'Agamemnon venez la recevoir.

Venez. Achille et lui , brûlants de vous revoir,

Madame , et désormais tous deux d'intelligence ,

Sont prêts à confirmer leur auguste alliance.

CLYTEMNESTRE

Par quel prix , quel encens , ô ciel ! puis-je jamais 1795 Récompenser Achille, et payer tes bienfaits?

1 . Louis Racine fait remarquer ici que, n'étant pas si crédule, « Ulysse met cette apparition dans les yeux du soldat. » Notre poète a pensé que sur la scène française il était nécessaire d'atténuer ainsi le merveilleux, d'en faire entrevoir une explication naturelle. « C'est Dolce, dit Luneau de Boisjermain, qui lui a fourni cette idée. Il fait dire que quelques-uns ont cru voir une biche, au lieu d'Iphigénie. r> Pour mieux écarter l'idée du prodige, Dolce met ce vers dans la bouche de celui qui rapporte à Clytemnestre le bruit qui s'en est répandu :

Ma creder non voglio quel che non vidi.

Euripide lui-même avait trouvé une manière très-ingénieuse de faire douter d'une merveille que son incrédulité n'admettait déjà plus. Dans son Iphigénie en Aulide, le Messager raconte, comme un fait que tout le monde a vu, la biche substituée à la victime humaine ; mais Clytemnestre soupçonne que ce récit a pu être imaginé pour tromper sa douleur :

yQ itou. . . .

Tlûç oè f&;

Tltx.pa./j.uÔ£ÎGÔK.t roOaos f/.<xr-/}v fiûdovç, "12$ aou Tcivôovç Xw/pou Ttavaettftcx.v.

a O ma fille!... Que dirai-je? Sans doute ce sont des fables par lesquelles on essaye de consoler la cruelle douleur de ta mère. » (Vers i 594-1397.)

FIL DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE

J. Racine, ni

PHÈDRE

TRAGEDIE

NOTICE

« Deux années entières, a dit Voltaire1, suffirent à peine à Racine pour écrire sa Phèdre. » On a souvent cité cet exemple d'un chef-d'œuvre longtemps médité et mûri, pour y trouver la confirmation du précepte d'Horace : Sœpe sty lum vertas. Mais sur quelle autorité Voltaire s'appuyait-il? uniquement peut-être sur celle de Pradon, qui, avant lui, avait parlé de ces deux années employées par le poëte à « travailler et polir » sa pièce, et qui voulait opposer sa propre facilité à un si pénible travail2. Tout ce que nous apprend un témoignage certain, c'est que dans les derniers mois de 1676 le nouvel ouvrage de Racine était sur le métier, et que déjà la renommée en vantait les espérances. Bayle écrivait de Sedan, le 4 octobre 1676, à Minutoli, alors professeur de belles-lettres à Genève : « M. de Racine travaille à la tragédie àHRippolyte, dont on attend un grand succès3. »

Le premier jour de l'année 1677 vit paraître sur la scène française l'admirable tragédie où Racine, pour la seconde fois, luttait avec Euripide. Doit-on penser que cette première représentation ait été donnée à Paris, dans la salle de l'Hôtel de Bourgogne, ou à Versailles devant la cour? La seule autorité qu'on puisse alléguer en faveur de cette dernière opinion est celle de Brossette. On lit dans un de ses manuscrits4 : « La

1. Préface de Mariamne, OEuvres de Voltaire, tome II, p. l85.

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