‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 181 sur 493 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

NOTICE

registre de la Grange, à qui nous devons ces renseignements, une partie de la famille royale assista à la dixième représentation, qui fut celle du dimanche /24~J)anvier. La pièce fut encore donnée six fois dans le mois de février, cinq fois dans celui de mai. Lorsque, dans ses Nouvelles remarques, Pradon nous dit que « le public lui fit justice tout entière pendant trois mois et ne fut point ennuyé de sa tragédie pendant un si long temps, » il se fait bonne mesure. Après ces trois mois incomplets, la chute de sa Phèdre fut définitive; il avait cependant conquis une célébrité d'un moment; et le Mercure galant avait raison de dire vers la fin de cette glorieuse campagne : « Je tiens que le secret de faire réussir les choses de cette nature, c'est d'en faire parler beaucoup, quand même on n'en ferait que dire du mal « Ce qui est vrai de la calomnie, l'est souvent aussi des louanges imméritées : il en reste quelque chose. La tragédie de Pradon a longtemps passé pour n'avoir d'autre défaut que la barbarie du style; la Harpe 2, qui d'ailleurs s'élève avec raisoncontre cette incroyable indulgence pour le plan de Pradon, rapporte ce mot attribué, dit-il, à Racine : « Toute la différence qu'il y a entre Pradon et moi, c'est que je sais écrire. » Racine n'a pu parler ainsi; c'étaient ses ennemis seuls qui avaient affecté de ne lui reconnaître d'autre supériorité que celle des beaux vers; et Ton est fort étonné de trouver chez Voltaire un dernier écho d'un tel paradoxe. Dans sa préface de Mariamne il a ainsi apprécié les deux Phèdres : « D'où vient cette distance si prodigieuse entre ces deux ouvrages ? La conduite en est à peu près la même ; . . . les personnages des deux pièces , se trouvant dans les mêmes situations, disent presque les mêmes choses ; mais c'est là qu'on distingue le grand homme et le mauvais poète. » Rien de plus faux. Ce n'est pas seulement par le style, c'est par la composition aussi, par la conduite de l'action, par les caractères que l'une des deux tragédies est admirable autant que l'autre est inepte. Qu'un si étrange arrêt de la critique, rendu en plein dixhuitième siècle par un des plus chauds admirateurs de Racine, nous fasse juger des belles choses qui devaient se dire, dans

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