‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 182 sur 493 · Mercure d'avril 1677, p. 70, lettre du Ier mai · texte numérisé non relu

Mercure d'avril 1677, p. 70, lettre du Ier mai

2. Cours de littérature , seconde partie, livre Ier, appendice à la section vu.

PHÈDRE

les premiers temps, autour de notre poëte. Tels furent les préjugés trop durables que l'intrigue parvint à établir; il nous a paru bon de montrer qu'elle n'en fut pas entièrement pour ses frais, et qu'au milieu d'un triomphe qui nous semblerait avoir dû être si facile, le grand poëte eut de trop bonnes raisons de se chagriner et de tomber dans le découragement.

L'affaire des sonnets ne fut pas un des incidents les moins pénibles pour lui d'une lutte qui lui disputait sa plus juste gloire. Cette bataille de sanglantes épigrammes se livra et eut son dénoûment dans le premier mois des représentations de Phèdre, ainsi que le prouve par sa date une lettre que Bussy écrivait au P. Brûlart le 3o janvier 1677. Laissons ce témoin contemporain, fort mal disposé pour Racine, nous la raconter le premier à sa manière : « Racine et Pradon ont fait chacun une comédie intitulée Phèdre et Hippolyte ; et chacun a sa cabale. M. de Nevers, qui est pour Pradon, fit l'autre jour ce sonnet contre la comédie de Racine :

Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblante et blême, etc.

Racine, piqué du ridicule dont ce sonnet traitoit sa comédie, fit, dit-on, avec son ami Despréaux ce sonnet en réponse :

Dans un palais doré, Damon, jaloux et blême, etc.

Jamais il n'y eut rien de si insolent que ce sonnet : deux auteurs reprochent à un officier de la couronne qu'il n'est ni courtisan, ni guerrier, ni chrétien ; que sa sœur, la duchesse de Mazarin, est une coureuse, et qu'il a de l'amour pour elle, quoiqu'il soit Italien. Et bien que ces injures fussent des vérités, elles dévoient attirer mille coups d'étrivière à des gens comme ceux-là ; cependant l'affaire fut accommodée1. » Il n'est point nécessaire de citer textuellement ces sonnets, qui se trouvent partout2, ainsi qu'un troisième dont nous allons parler ; nous les épargnons à nos lecteurs; il nous suffira d'en faire connaître quel-

Page 1