‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 184 sur 493 · Remarque sur le vers 90 de l'épître VII · texte numérisé non relu

Remarque sur le vers 90 de l'épître VII

étant à la table de M. Pellot, premier président à Rouen, avoit dit que M. Despréaux avoit reçu des coups de bâton. » Indigné de ces insolents mensonges, le grand Condé, qui avait d'abord laissé son fils se déclarer le protecteur des deux poètes, intervint alors en personne. Il fit dire, suivant Brossette, au duc de Nevers « qu'il vengeroit comme faites à lui-même les insultes qu'on s'aviseroit de faire à deux hommes qu'il aimoit. » Ce fut le si forte virum q tient; la cabale rentra dans le silence. Mais Boileau et Racine gardèrent rancune au duc de Nevers, et trouvèrent plus tard l'occasion de lui donner des marques de leur souvenir. Brossette assure que dans la première composition de l'épître Vil les vers 17 et 18 n'étaient pas tels que nous les lisons aujourd'hui, et que, par une allusion fort peu dissimulée, Boileau y dénonçait

Des sots de qualité l'ignorante hauteur.

Quant à Racine, on lui attribue l'épigramme sur le Genséric de Mme Deshoulières, où l'on remarque ces vers :

.... Auteur de qualité, Vous vous cachez en donnant cet ouvrage.

Une réponse moins directement blessante aux persécuteurs du grand poète, mais la plus noble et la plus accablante des réponses, ce fut toute cette éloquente épître VII de Boileau à Racine, que nous avons déjà plusieurs fois rappelée. Elle les a notés d'une ineffaçable flétrissure devant la postérité ; elle a dû porter dans le cœur de Racine une grande consolation, bien qu'elle n'ait pu empêcher que la plus belle de ses tragédies profanes le dégoûtât pour toujours du théâtre.

Quel qu'ait été le découragement de Racine en présence de la conspiration formée contre sa Phèdre, il paraît que luimême avait le sentiment de la supériorité de cette tragédie sur toutes celles qu'il avait jusque-là composées ; qu'il allait même plus loin encore, et ne croyait pas même l'avoir égalée dans ses tragédies sacrées. Du moins Brossette l'affirmait, et attribuait le même jugement à Boileau : « Je demandai à M. Racine, dit M. Despréaux, quelle étoit celle de ses tragédies qu'il estimoit le plus. Il répondit : « Je suis pour Phèdre, et M. le prince « de Conti est pour Athalie. » M. Despréaux nommoit aussi

Phèdre la première, et Andromaque la seconde1. «Voltaire, évidemment, hésitait à donner à Phèdre le même rang ; il semblait lui préférer Iphigénie, comme plus parfaite dans l'ensemble, parce qu'il était frappé de quelques défauts dans la première de ces deux pièces : « Le rôle de Thésée trop faible, Hippolyte trop français, Aricie trop peu tragique, Théramène trop condamnable de débiter des maximes d'amour à son pupille2. » Néanmoins il jugeait que « le rôle de Phèdre est d'un bout à l'autre ce qui a jamais été écrit de plus touchant et de mieux travaillé3. » Il disait encore que ce rôle est « le plus beau qu'on ait jamais mis sur le théâtre dans aucune langue *. » Il l'appelait « le chef-d'œuvre de l'esprit humain 5. » On peut, il est vrai, lorsqu'il ajoutait qu'il était « le modèle éternel, mais inimitable, de quiconque voudra jamais écrire en vers, » on peut se demander s'il n'était pas trop disposé à l'admirer un peu exclusivement pour ses vers magnifiques, et si la beauté de la diction ne lui faisait pas trop oublier que parmi les chefs-d'œuvre de Racine il n'y en a pas un autre où la peinture de la passion soit aussi énergique, aussi profonde, d'un aussi extraordinaire effet.

Lorsque la tragédie de Phèdre n'avait pas encore paru, et que cependant on commençait déjà à s'occuper dans le public de l'imitation de Y Hippolyte d'Euripide, à laquelle B.acine travaillait, c'était, nous l'avons vu, sous ce même titre d' 'Hippolyte choisi par le poète grec que Bayle avait entendu parler de la nouvelle pièce. Mais Euripide avait eu d'excellentes raisons pour désigner sa tragédie par le nom du personnage sur qui elle concentre l'intérêt, et auquel appartient le rôle dominant. Racine avait entièrement changé le point de vue. Son œuvre était, on peut le dire, tout autrement conçue que celle du poète ancien. Il sentit bien qu'il devait lui imposer un autre nom, et adopta, comme Pradon le fit à son imitation, celui de Phèdre et Hippolyte. Ce n'était pas encore tout à fait

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