‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 186 sur 493 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

NOTICE

était un danger du sujet est devenu pour Racine l'occasion d'une des beautés qu'on a de bonne heure le plus vivement senties. L'antique fatalité, corrigée par les croyances chrétiennes, a, dans notre tragédie de Phèdre, pris un sens tout moderne. On l'y peut nommer la fatalité du péché ; et , comme on l'a bien dit *, « la doctrine de la grâce se sent toute voisine de là. » Les paroles de Chateaubriand sur le personnage de Phèdre ont été souvent citées : « C'est la chrétienne réprouvée, c'est la pécheresse tombée vivante dans les mains de Dieu 2. » Et qu'on ne voie pas là une découverte hasardeuse, une imagination subtile de la critique de notre temps. Amis et ennemis de Racine avaient tout d'abord reconnu qu'une inspiration de ^Por^Royal avait passé dans l'œuvre rajeunie d'Euripide. « Je sais de science certaine, dit Voltaire 3, qu'on accusa Phèdre d'être janséniste. Comment? disaient les ennemis de l'auteur; sera-t-il permis de débiter à une nation chrétienne ces maximes diaboliques ?

Vous aimez ; on ne peut vaincre sa destinée ; Par un charme fatal vous fûtes entraînée.

N'est-ce pas là évidemment un juste à qui la grâce a manqué? J'ai entendu tenir ces propos- dans mon enfance, non pas une fois, mais trente. » Autant les adversaires de Port- Royal, de la bouche de qui Voltaire avait recueilli ces plaintes, étaient irrités, autant fut favorable l'impression qu'Arnauld reçut à la lecture de la pièce. Ces deux jugements contraires se confirmaient. On doit croire, il est vrai, qu'Arnauld ne choisissait pas, pour y trouver l'expression de ses croyances, les paroles d'OEnone auxquelles Phèdre, comme Louis Racine l'a bien fait remarquer, répond avec horreur. Mais beaucoup de passages de la tragédie l'avaient frappé ; et lorsque Roileau, qui la lui avait apportée, vint quelques jours après lui en demander son sentiment : « Il n'y a rien, réponditil, à reprendre au caractère de Phèdre, puisque par ce caractère

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