‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 194 sur 493 · scène Aricie pouvait être unie à son amant; et on aurait · texte numérisé non relu

scène Aricie pouvait être unie à son amant; et on aurait

vu l'amour vertueux récompensé, tandis que l'amour criminel eût été puni. Si la beauté principale de la pièce consiste dans le rôle de Phèdre, comme on en convient, cela n'aurait pu lui nuire aucunement3, » Schlegel en voulait plus à la France qu'à Racine, qu'il déclarait « le poète tragique le plus estimé du théâtre français, peut-être le plus parfait*. » Au fond, c'était contre notre nation que les attaques de son patriotisme allemand étaient dirigées, surtout contre notre grand siècle littéraire : « Sachant d'un côté, disait-il, qu'Euripide a été le poète favori

i. Page 3o. — 2. Ibidem. — 3. Pages 106 et 107. — 4. Page 9.

PHÈDRE

de ses contemporains, admettant de l'autre, comme nous le devons certainement, que Racine était l'auteur le plus habile et le plus exercé dans la pratique du théâtre français, et qu'il réunissait dans la culture de son esprit les traits les plus saillants et les plus raffinés du siècle de Louis XIV, notre parallèle de l'original et de l'imitation contiendra nécessairement un jugement indirect sur la valeur comparative du siècle d'Euripide et de celui de Racine 1 . » Un peu plus loin il faisait expressément le procès au goût du dix-septième siècle, en exagérant beaucoup le triomphe qu'y avait obtenu Pradon : « Lorsqu'en lisant la Phèdre de Pradon, l'on se rappelle quel prodigieux succès cette pièce ridiculement plate a eu de son temps, de préférence à la Phèdre de Racine, succès trop longtemps soutenu pour avoir été l'ouvrage d'une cabale, l'on ne saurait douter que ce qui a nui à Racine auprès de ses contemporains n'ait été d'avoir encore trop conservé de la simplicité et de la hardiesse antiques. Pradon ayant réussi à réduire à une petite intrigue de boudoirs ce sujet dont la force et l'étrange nature se refusent aux raffinements maniérés, remporta la pluralité des suffrages dans ce siècle tant vanté pour la pureté de son goût et la grandeur de ses pensées2. » Le dix-septième siècle et Racine trouvèrent un vengeur qu'on ne se serait pas attendu à rencontrer ici comme arbitre d'une querelle littéraire. Le grand Roi lui-même n'eût pu mieux protéger ni plus despotiquement ses poètes et la gloire de son règne que ne le fit le gouvernement impérial en 1811. Mme de Staël raconte, dans Dix années d?cxilz, qu'en cette année le préfet du Léman (c'était alors le baron Capelle, qui avait succédé à M. de Rarante) intima l'ordre à Schlegel, son ami, à qui elle avait confié l'éducation de ses fils, de quitter Genève et même Coppet. « Je demandai, dit-elle, ce qu'avait fait M. Schlegel contre la France ; le préfet m'objecta ses opinions littéraires, et entre autres une certaine brochure de lui, dans laquelle, en comparant la Phèdre d'Euripide à celle de Racine, il avait donné la préférence à la première. » Elle ajoute que, dans le vrai, Schlegel n'était persécuté que parce qu'il était son ami; il

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