‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 210 sur 493 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Prête à son ennemie une grâce nouvelle. Enfin d'un chaste amour pourquoi vous enrayer ? S'il a quelque douceur, n'osez-vous l'essayer? 120 En croirez-vous toujours un farouche scrupule ? Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule ? Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés ? Vous-même , où seriez-vous , vous qui la combattez , Si toujours Antiope à ses lois opposée , 125 D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée * ? Mais que sert d'affecter un superbe discours? Avouez-le, tout change ; et depuis quelques jours On vous voit moins souvent , orgueilleux et sauvage, Tantôt faire voler un char sur le rivage , 1 3o

Tantôt , savant dans l'art par Neptune inventé , Rendre docile au frein un coursier indompté.

I. Voltaire (tome V, p. 48 ï> Dissertation sur la tragédie) dit que ces paroles , « plus convenables à un berger qu'au gouverneur d'un prince , » sont tirées du Pastor fido. Les commentateurs de Racine, Luneau de Boisjermain le premier peut-être, ont fait remarquer aussi que le même argument contre le célibat se trouve dans les Femmes savantes, acte I, scène 1. C'est Henriette qui dit à sa sœur Armande :

.... Vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez, Si ma mère n'eût eu que de ces beaux côtés ; Et bien vous prend, ma sœur, que son noble génie N'ait pas vaqué toujours à la philosophie.

Les Femmes savantes ont été jouées cinq ans avant Phèdre. Toutefois il n'est pas probable que ce soit Molière, encore moins le Pastor Jido, qui ait fourni à Racine la première idée de ces vers. Comme il y a un passage presque semblable dans V Hippolyte de Gilbert, il est bien plus naturel de chercher dans sa pièce la vraie source, si l'on en veut trouver une, de l'argument de Théramène. Gilbert fait ainsi parler Achrise (acte II, scène 111), lorsqu'elle s'efforce de vaincre l'insensibilité d'flippolyte :

Dites-moi, seriez-vous du nombre des vivants, Auriez-vous de lauriers la tête couronnée, Si la belle Antiope eût fùy l'hyménée ? Pouvez-vous l'honorer et ne l'imiter pas ?

Il n'y a rien dans VHippolyte d'Euripide qui ait servi de modèle à ces vers de Gilbert et de Racine; mais ils sont tout à fait dans le goût du tragique grec; et l'on serait moins étonné de les rencontrer chez lui que chez notre poète, à qui l'on a reproché d'avoir cette fois abaissé le ton de la tragédie.

PHÈDRE

Les forêts de nos cris moins souvent retentissent ; Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent. Il n'en faut point douter : vous aimez , vous brûlez ; i 3 5 Vous périssez d'un mal que vous dissimulez. La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?

HIPPOLYTE

Théramène , je pars , et vais chercher mon père.

THÉRAMÈNE

Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir, Seigneur ?

HIPPOLYTE

C'est mon dessein : tu peux l'en avertir. 140 Voyons-la, puisqu1 ainsi mon devoir me l'ordonne. Mais quel nouveau malheur trouble sa chère OEnone ?

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