‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 22 sur 493 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

La réponse, Seigneur, doit-elle être incertaine?

Et contre les Romains votre ressentiment

Doit-il pour éclater balancer un moment ?

Quoi? nous aurons d'un père entendu la disgrâce , 295

Et lents à le venger , prompts à remplir sa place ,

Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli ?

Il est mort : savons-nous s'il est enseveli ?

Qui sait si dans le temps que votre âme empressée

Forme d'un doux hymen l'agréable pensée , 3 o o

Ce roi , que l'Orient tout plein de ses exploits

Peut nommer justement le dernier de ses rois*,

Dans ses propres Etats privé de sépulture,

Ou couché sans honneur dans une foule obscure ,

N'accuse point le ciel qui le laisse outrager , 3 o 5

Et des indignes fils qui n'osent le venger 2 ?

Ah ! ne languissons plus dans un coin du Bosphore.

Si dans tout l'univers quelque roi libre encore ,

Parthe , Scythe ou Sarmate , aime sa liberté ,

Voilà nos alliés : marchons de ce côté. 3 1 o

Vivons , ou périssons dignes de Mithridate ;

Et songeons bien plutôt , quelque amour qui nous flatte ,

dont il est aimé, reproche à Pharnace ses complaisances pour les Romains, rappelle tellement Nicomède, rival d'Attale , et préféré par Laodice , qu'il est difficile de croire que la tragi-comédie de Corneille n'ait rien suggéré à Racine dans la conception de quelques-uns des caractères et de quelques-unes des situations de Mithridate. Voyez ci-dessus la Notice, p. i5.

1. Racine se souvenait peut-être que Velleius Paterculus (livre II, chapitre xi.) appelle Mithridate le dernier des rois indépendants, si l'on excepte les rois parthes : « Ultimus omnium juris sui regum, praeter Parthicos. »

2. Louis Racine, dans son Examen de Mithridate, dit sur ce vers : « Il faut nécessairement d'indignes ; je crois que c'est une faute d'imprimeur qui s'est conservée dans toutes les éditions. L'auteur avoit mis, selon les apparences : et deux indignes fils. » Cependant nous ne pouvons , comme l'ont fait quelques éditeurs, changer une leçon qui est celle de tous les textes imprimés du vivant de l'auteur. — Boileau, à ce que rapporte Brossette (manuscrit de la Bibliothèque impériale, p. 44) > convenait qu'il y avait une faute dans ce vers. Brossette pensait, comme Louis Racine, qu'il devait y avoir : « et deux indignes fils, » ou encore : « et ses indignes fils. »

MITHRIDATE

À défendre du joug et nous et nos Etats,

Qu'à contraindre des cœurs qui ne se donnent pas.

PHARNACE

Il sait vos sentiments. Me trompois-je, Madame? 3 1 5 Voilà cet intérêt si puissant sur votre âme , Ce père, ces Romains que vous me reprochez.

XIPHARÈS

J'ignore de son cœur les sentiments cachés ;

Mais je m'y soumettrois sans vouloir rien prétendre ,

Si, comme vous, Seigneur, je croyois les entendre. 3a o

PHARNACE

Vous feriez bien ; et moi, je fais ce que je doi : Votre exemple n'est pas une règle pour moi.

Toutefois en ces lieux je ne connois personne Qui ne doive imiter l'exemple que je donne.

PHARNACE

Vous pourriez à Colchos vous expliquer ainsi. 3a 5

XIPHARÈS

Je le puis à Colchos, et je le puis ici.

PHARNACE

Ici? Vous y pourriez rencontrer votre perte....

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