‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 230 sur 493 · SCÈNE IL HIPPOLYTE, ARICIE, ISMÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL HIPPOLYTE, ARICIE, ISMÈNE

HIPPOLYTE

Madame, avant que de partir, J'ai cru de votre sort vous devoir avertir. Mon père ne vit plus. Ma juste défiance 46 5

Présageoit les raisons de sa trop longue absence : La mort seule , bornant ses travaux éclatants , Pouvoit à l'univers le cacher si longtemps. Les Dieux livrent enfin à la parque homicide L'ami, le compagnon, le successeur d'Àlcide. 47° Je crois que vôtre haine , épargnant ses vertus , Ecoute sans regret ces noms qui lui sont dus. Un espoir adoucit ma tristesse mortelle : Je puis vous affranchir d'une austère tutelle. Je révoque des lois dont j'ai plaint la rigueur * . 475 Vous pouvez disposer de vous , de votre cœur ; Et dans cette Trézène, aujourd'hui mon partage, De mon aïeul Pitthée autrefois l'héritage2, Qui m'a , sans balancer, reconnu pour son roi*, Je vous laisse aussi libre , et plus libre que moi. 480

ARICIE

Modérez des bontés dont l'excès m'embarrasse.

1 . Subligny, qui connaît si mal la langue poétique,, ne manque pas de blâmer cette beureuse hardiesse : a De bonne foi, dit-il, ce n'est pas là parler francois; on se plaint de la rigueur d'une loi, et l'on ne plaint point sa rigueur. »

2. Pitthée, père d'Éthra qui fut l'épouse d'Égée et la mère de Thésée, était roi de Trézène. Il était regardé comme le plus sage des hommes de son temps. Voyez plus bas, vers i io3.

3. Dans les éditions de Luneau de Baisjermain, de la Harpe, de Geoffroy et de M. Aimé-Martin on indique comme variante :

Qui m'a, sans hésiter, reconnu pour son roi.

Nous n'avons pas rencontré cette leçon.

PHÈDRE

D'un soin si généreux honorer ma disgrâce , Seigneur, c'est me ranger, plus que vous ne pensez, Sous ces austères lois dont vous me dispensez.

HIPPOLYTE

Du choix d'un successeur Athènes incertaine , 4 8 5

Parle de vous, me nomme, et le fils de la Reine.

ARICIE

De moi , Seigneur ?

HIPPOLYTE

Je sais , sans vouloir me flatter , Qu'une superbe loi semble me rejeter.

La Grèce me reproche une mère étrangère 1 . Mais si pour concurrent je n'avois que mon frère , 490 Madame , j'ai sur lui de véritables droits Que je saurois sauver du caprice des lois. Un frein plus légitime arrête mon audace : Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place, Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçu 49 5

De ce fameux mortel que la terre a conçu2. L'adoption le mit entre les mains d'Egée 3 . Athènes , par mon père accrue et protégée , Reconnut avec joie un roi si généreux, Et laissa dans l'oubli vos frères malheureux. 5 00

1 . C'est ce qu'exprime la Nourrice , dans Euripide , quand elle donne à Hippolyte le nom de vôdoç (vers 30g). Voyez ci-dessus, p. 3x8, note i.

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