III, SCÈNE III
Le cœur gros de soupirs, qu'il n'a point écoutés,
L'œil humide de pleurs, par l'ingrat rebutés.
Penses-tu que sensible à l'honneur de Thésée, 845
Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée?
Laissera-t-il trahir et son père et son roi ?
Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi?
Il se tairoit en vain. Je sais mes perfidies,
OEnone, et ne suis point de ces femmes hardies 8 5o
Qui goûtant dans le crime une tranquille paix,
Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.
Je connois mes fureurs, je les rappelle toutes.
Il me semble déjà que ces murs, que ces voûtes
Vont prendre la parole, et prêts à m'accuser, 8 5 5
Attendent mon époux pour le désabuser.
Mourons. De tant d'horreurs qu'un trépas me délivre.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre1 ?
La mort aux malheureux ne cause point d'effroi.
Je ne crains que le nom que je laisse après moi. 860
Pour mes tristes enfants 2 quel affreux héritage !
Le sang de Jupiter 3 doit enfler leur courage ;
Mais quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau,
Le crime d'une mère est un pesant fardeau.
Je tremble qu'un discours, hélas! trop véritable, 86 5
Un jour ne leur reproche une mère coupable.
Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux
l'aborder, toi et ta maîtresse; et j'apprendrai à connaître ton audace. » (Vers 657-659.)
g. Usque adeone mori miserum est?...
(Virgile, Énéide, livre XII, vers 646.)