ACTE IV, SCÈNE II
Tu parois dans des lieux pleins de ton infamie , i o 5 o
Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,
Des pays où mon nom ne soit point parvenu.
Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine.
C'est bien assez pour moi de l'opprobre éternel i o 5 5
D'avoir pu mettre au jour un fils si criminel,
Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,
De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.
Fuis ; et si tu ne veux qu'un châtiment soudain
T'ajoute aux scélérats qu'a punis cette main, 1060
Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire
Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
Fuis, dis-je; et sans retour précipitant tes pas,
De ton horrible aspect purge tous mes Etats 1 .
Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage i o6 5 D'infâmes assassins nettoya ton rivage, Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux, Tu promis d'exaucer le premier de mes vœux 2.
1. ""EÇspps yv.îct.$ ty\g8' ocov rtk^oç vuyxç, Kou //.vj't' 'Aôïjvaç ràç deoS //.ïj'tovç fjLO/.yç} Mv/'t' etç bpouç -/yjç yjç èy.àv xpotreT S à pu.
a Fuis au plus vite de cette terre, exile-toi; et n'approche plus ni d'Athènes bâtie par les Dieux, ni des frontières de ce pays que mon sceptre gouverne. » (Euripide, Hippolyte, vers 971-973.)
2. 'A1X\ Si nôr.Tsp ftousidov, âç èfxoi Ttore 5Apàç vus ny ou rpslç, p.i& xtxrspytx.aa.1
TOÙTWV S/J.OV 7T«t^', VJ/AÉpaV <5s /JLY) fÛ'/Ol
T>jve5", sïizsp rj/xtv w7raaaç aocfeïc, tkpàç. « Mais, ô Neptune, mon père, toi qui as promis d'exaucer trois de mes vœux, fais du moins qu'un d'eux s'accomplisse par la perte de mon fils ; que cette journée ne le laisse pas échapper, si tu as accordé une vraie puissance à mes prières. » [Ibidem, vers 885-888.) — Mais Racine a suivi Sénèque de plus près encore :
Genitor sequoreus dédit
Ut cota prono trina concipiam deo....
En, perage donum triste, regnator freti. Non cernât ultra lucidum Hippolytus diem.... Fer abominandam nunc opem nato, parens.
Nunquam supremum numinis munus tui
366 PHÈDRE
Dans les longues rigueurs d'une prison cruelle
Je n'ai point imploré ta puissance immortelle. 1070
Avare du secours que j'attends de tes soins %
Mes vœux t'ont réservé pour de plus grands besoins :
Je t'implore aujourd'hui. Venge un malheureux père.
J'abandonne ce traître à toute ta colère ;
Etouffe dans son sang ses désirs effrontés : 1075
Thésée à tes fureurs connoîtra tes bontés.
HIPPOLYTE
D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte !
Un tel excès d'horreur rend mon âme interdite ;
Tant de coups imprévus m'accablent à la fois,
Qu'ils m'ôtent la parole et m' étouffent la voix 2 . 1080
THÉSÉE
Traître, tu prétendois qu'en un lâche silence
Phèdre enseveliroit ta brutale insolence.
Il falloit, en fuyant, ne pas abandonner
Le fer qui dans ses mains aide à te condamner ;
Ou plutôt il falloit, comblant ta perfidie, 1 o 8 5
Lui ravir tout d'un coup la parole et la vie.
HIPPOLYTE
D'un mensonge si noir justement irrité,
Consumer émus , magna ni premerent rnala. Inter profunda Tartara et Ditem korridum. . . . Foto peperci : redde nunc pactam Jidem,
Genitor •
(Vers 942-954.)
C'est également Sénèque que Robert Garnier a imité :
Tu sais qu'étant là-bas aux pieds de Rhadamante, Prisonnier de Pluton sous la voûte relente, J'ai toujours épargné ce vœu que langoureux Je dépens aujourd'hui contre ce malheureux.
1. Far. Avares du secours que j'attends de tes soins. (1677-87)