ACTE IV, SCÈNE II
Je devrois faire ici parler la vérité,
Seigneur; mais je supprime un secret qui vous touche.
Approuvez le respect qui me ferme la bouche 1 ; 1090
Et sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis,
Examinez ma vie, et songez qui je suis.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.
Quiconque a pu franchir les bornes légitimes
Peut violer enfin les droits les plus sacrés ; 1 o 9 5
Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ;
Et jamais on n'a vu la timide innocence
Passer subitement à l'extrême licence.
Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux
Un perfide assassin, un lâche incestueux. 1 1 00
Élevé dans le sein d'une chaste héroïne 2 ,
Je n'ai point de son sang démenti l'origine.
Pitthée, estimé sage entre tous les humains,
Daigna m' instruire encore au sortir de ses mains3.
Je ne veux point me peindre avec trop d'avantage ; uo5
Mais si quelque vertu m'est tombée en partage,
Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater
1 . Dans la réponse d'Hippolyte à son père, Euripide indique une semblable réticence :
Eî 3' v)(?s SetyoLivovc' OLTtéXesev [Sîov, Ovx oTS' ' èyoi yàp où déytç Xéyetv TtépoL.
« Si Phèdre s'est donné la mort par crainte , je ne sais : il ne m'est pas permis d'en dire davantage. » (Vers io3o et io3r.)
— Un vers de Gilbert (acte III, scène i) a une légère ressemblance de forme avec un des vers de Racine. C'est Achrise qui parle :
Possible qu'avec vous le même soin le touche, Qu'un respect paternel lui fait fermer la bouche.