‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 27 sur 493 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MITHRIDATE, ARBATE.

MITHRIDATE

Enfin , après un an , tu me revois , Arbate , 43 5

Non plus , comme autrefois , cet heureux Mitliridate

Qui de Rome toujours balançant le destin,

Tenois entre elle et moi l'univers incertain.

Je suis vaincu. Pompée a saisi l'avantage

D'une nuit qui laissoit peu de place au courage. 440

Mes soldats presque nus, dans l'ombre intimidés,

Les rangs de toutes parts mal pris et mal gardés ,

Le désordre partout redoublant les alarmes ,

Nous-mêmes contre nous tournant nos propres armes ,

Les cris que les rochers renvoy oient plus affreux , 4 4 5

Enfin toute l'horreur d'un comba,t ténébreux :

Que pouvoit la valeur dans ce trouble funeste ?

Les uns sont morts , la fuite a sauvé tout le reste;

Et je ne dois la vie , en ce commun effroi ,

Qu'au bruit de mon trépas que je laisse après moi. 4 5o

Quelque temps inconnu, j'ai traversé le Phase;

Et de là, pénétrant jusqu'au pied du Caucase1,

Bientôt dans des vaisseaux sur l'Euxin préparés ,

J'ai rejoint de mon camp les restes séparés.

Voilà par quels malheurs poussé dans le Bosphore , 4 5 5

J'y trouve des malhturs qui m'attendoient encore.

Toujours du même amour tu me vois enflammé :

Ce cœur nourri de sang , et de guerre affamé ,

1. Le Phase, fleuve de la Colchide, qui se jette dans le Pont-Euxin. Le Caucase, chaîne de montagnes qui s'étend entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne. — Le chemin que Racine fait suivre à Mithridate, dans cette fuite, est celui qu'indiquent les récits de Plutarqae et de Dion Cassius.

MITHRIDATE

Malgré le faix des ans et du sort qui m'opprime , Traîne partout l'amour qui l'attache à Monime , 460 Et n'a point d'ennemis qui lui soient odieux Plus que deux fils ingrats que je trouve en ces lieux.

ARBATE.

Deux fils, Seigneur?

MITHRIDATE

Ecoute. A travers ma colère, Je veux bien distinguer Xipharès de son frère. Je sais que de tout temps à mes ordres soumis t 465 Il hait autant que moi nos communs ennemis ; Et j'ai vu sa valeur, à me plaire attachée , Justifier pour lui ma tendresse cachée.

Je sais même, je sais avec quel désespoir, A tout autre intérêt préférant son devoir, 470 Il courut démentir une mère infidèle , Et tira de son crime une gloire nouvelle ; Et je ne puis encor ni n'oserois penser Que ce fils si fidèle ait voulu m'offenser. Mais tous deux en ces lieux que pouvoient-ils attendre ? L'un et l'autre à la Reine ont-ils osé prétendre ? Avec qui semble-t-elle en secret s'accorder? Moi-même de quel œil dois-je ici l'aborder? Parle. Quelque désir qui m'entraîne auprès d'elle, Il me faut de leurs cœurs rendre un compte fidèle. 480 Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'as-tu vu? Que sais-tu? Depuis quel temps , pourquoi , comment t'es-tu rendu ?

ARBATE,

Seigneur, depuis huit jours l'impatient Pharnace

Aborda le premier au pied de cette place ,

Et de votre trépas autorisant le bruit , 4 8 5

Dans ces murs aussitôt voulut être introduit.

Je ne m'arrêtai point à ce bruit téméraire ;

Et je n'écoutois rien, si le prince son frère,

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