‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 285 sur 493 · Souvenirs de Mme de Caylus, p · texte numérisé non relu

Souvenirs de Mme de Caylus, p

2. Voyez Y Histoire du Théâtre françois, tome XV, p. 44°> note a'

3. Journal de Dangeau, mercredi 2 mars 1689, à Marly. — Moreau a mis également en musique les chœurs dUAthalie et les Cantiques sacrés de Racine. On conserve aujourd'hui cette musique à la bibliothèque de la ville de Versailles. Nous la donnerons dans un album qui fera partie de cette édition.

NOTICE

Avant les répétitions auxquelles le Roi assista, et dont la seconde seulement est mentionnée par Dangeau, il y en eut certainement plusieurs à Saint-Cyr, où Racine « étoit tous les jours, par ordre de Mme de Maintenon 1 . » Les jeunes filles recevaient ainsi, pour diriger leur inexpérience, les leçons du meilleur des maîtres. Louis Racine rappelle qu'elles « avoient été formées à la déclamation par l'auteur même, qui en fit d'excellentes actrices 2. » Roileau le secondait, faisait répéter la pièce avec lui, et, dans le temps qu'elle fut jouée, se tenait avec son ami derrière le théâtre, pour être toujours à portée de donner des conseils, de rassurer les enfants qui s'intimidaient. A ces petites actrices de Saint-Cyr une seule personne, qui n'était pas de la maison, vint se joindre; c'était la jeune nièce de Mme de Maintenon, la fille de M. de Villette, son cousin germain, mariée alors au comte de Caylus, qu'elle avait épousé en 1686, à l'âge de treize ans, celle même dont nous avons tant de fois à citer ici les Souvenirs. Voici comment Mme de Caylus parle elle-même de l'exception qui fut faite en sa faveur : « Me trouvant présente aux récits que M. Racine venoit faire à Mme de Maintenon de chaque scène, à mesure qu'il les composoit, j'en retenois des vers, et comme j'en récitai un jour à M. Racine, il en fut si content qu'il demanda en grâce à Mme de Maintenon de m' ordonner de faire un personnage, ce qu'elle fit; mais je n'en voulus point de ceux qu'on avoit déjà destinés, ce qui l'obligea de faire pour moi le prologue de la Piété3. » Avec un si grand génie, que Racine, par surcroît, avait d'esprit! Qui n'eût été embarrassé pour donner, dans une pièce achevée, un rôle à qui n'en voulait qu'un nouveau? Et voilà l'occasion de ce prologue qui donnait à la tragédie une forme plus semblable encore à celle des pièces grecques, et en même temps, avec tant de convenance pour ces représentations de Saint-Cyr, permettait de rendre hommage au Roi, bienfaiteur de la maison : un incomparable chef-d'œuvre où la grâce s'unit à la grandeur, où l'on pourrait trouver dans sa perfection l'art du courtisan, si cet art ne

t. Mémoires de Louis Racine, dans notre tome I, p. 3o8.

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