‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 287 sur 493 · Voyez ci-après, p · texte numérisé non relu

Voyez ci-après, p

4. Mme de Sévigné, dans sa lettre du 28 janvier (tome VIII, p. 437), dit : « Mme de Caylus fait Esther, qui fait mieux que la

ESTHER

préparée à briller sur ce charmant théâtre, quoique peut-être avec un agrément moins naïf. « Jamais, dit Saint-Simon, un visage si spirituel, si touchant, si parlant, jamais une fraîcheur

pareille, jamais tant de grâces, ni plus d'esprit jamais de

créature plus séduisante — Elle. .. . surpassoit les plus fameuses actrices à jouer des comédies1. » Le rôle d'Esther était rempli par Mlle de Veilhenne , dont la figure douce et modeste convenait parfaitement à ce personnage. Mlle de Lastic, a belle comme le jour, » disait Mme de Maintenon, faisait Assuérus. « J'étois en peine, dit Mme de Sévigné, qu'une petite demoiselle représentât le Roi : on dit que cela est fort bien 2. » Une grande et belle personne, Mlle de Glapion, avait été distinguée par Racine pour jouer le rôle de Mardochée. Quand il eut songé à elle, qui modestement se tenait à l'écart, il dit tout joyeux à Mme de Maintenon : « J'ai trouvé un Mardochée, dont la voix va jusqu'au cœur. » Le personnage d'Élise fut confié, non, comme le dit la Beaumelle, à Mme de la Maisonfort, chanoinesse de Poussai, si longtemps chère à Mme de Maintenon, plus tard disgraciée pour son attachement aux doctrines de Mme Guyon, mais à sa jeune sœur, Mlle de la Maisonfort. Les rôles d'Aman, de Zarès et d'Hydaspe avaient été donnés à Mlles d'Abancourt, de Marsilly, de Mornay. Les

Champmeslé. » A cette date, cela n'est pas exact; Mme de Caylus ne prit, comme nous le verrons, le rôle d'Esther qu'à la seconde représentation.

1. Mémoires, tome IV, p. 379 et 38o. — Voltaire, qui sans doute avait eu quelques occasions d'entendre la déclamation de Mme de Caylus, en fait également l'éloge dans une note de son édition des Souvenirs de cette dame (p. 4^4 de l'édition citée) : « Mme de Caylus, dit-il, est la dernière qui ait conservé la déclamation de Racine : elle récitait admirablement la première scène d'Esther; elle disait que Mme de Maintenon la lisait aussi d'une manière fort touchante. » Il nous est assez difficile d'ailleurs de nous faire une idée exacte de la récitation de ce temps. Voltaire dit, dans cette même note : « On cadençait alors les vers dans la déclamation; c'était une espèce de mélopée. » C'est à peu près dans ces termes qu'on a souvent parlé de la déclamation de la Champmeslé. Il paraîtrait que la Duclos, qui la première joua le rôle d'Esther sur un théâtre public, avait conservé cette tradition.

2. Lettre de Mme de Sévigné, 28 janvier 1689 (tome VIII, p. 4^7).

NOTICE

chœurs furent conduits par Mlles de Champigny, de Beaulieu, de la Haye1. Mlles de Veilhenne et de Glapion n'avaient que quinze ans; quelques autres des actrices seize ou dix-sept ans. Nous ne savons à quelle représentation à' Est fier (on ne dit pas que ce fut à la première) une d'elles, jouant le rôle d'Elise en présence du Roi, manqua de mémoire. « Ah! Mademoiselle, s'écria Racine, quel tort vous faites à ma pièce! » La jeune fille pleura. Touché de sa douleur, Racine courut à elle, essuya ses larmes avec son mouchoir, et pleura avec elle 2.

Le succès de la première représentation enchanta le Roi; il avait trouvé la pièce admirable. Trois jours après, le 29 janvier, il voulut la voir une seconde fois; il amena à Saint-Cyr la Dauphine, le duc d'Orléans, les princes de la maison royale, et quelques-uns des plus grands personnages de la cour, trèsempressés d'admirer, avec lui, une tragédie sur les louanges de laquelle il ne tarissait pas. Il y avait aussi de très-pieux spectateurs; car Mme de Maintenon avait voulu que cette fois on jouât, suivant son expression, pour les saints. « Mme de Miramion, écrivait Mme de Sévigné le 3i janvier3, et huit jésuites, dont le P. Gaillard étoit, ont honoré de leur présence la dernière représentation. » En février, la pièce fut donnée quatre fois, le 3, le 5, le 1 5 et le 19.

Dangeau a consigné en ces termes dans son Journal le souvenir de ces représentations : « Jeudi, 3 février, à Versailles. Après dîner, le Roi, Monseigneur et Madame la Dauphine et toute la maison royale allèrent à Saint-Cyr, où on joua la tragédie à'Esther. Il n'y vint que les dames et les courtisans que le Roi nomma, et tout le monde en fut également charmé. — Samedi, 5 février, à Versailles. Le Roi dîna de bonne heure, et en sortant de table alla à Saint-Cyr. Sur les trois heures, le roi et la reine d'Angleterre4 y arrivèrent. Le Roi les reçut dans le chapitre, et ensuite les mena voir la tragédie à'Esther; il y avoit trois fauteuils. La reine d'Angleterre étoit assise au milieu, le roi d'Angleterre à droite, et le Roi à gauche. Mme de Caylus

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