‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 300 sur 493 · prologue convenable aux circonstances La décoration du · texte numérisé non relu

prologue convenable aux circonstances La décoration du

théâtre étoit très-agréable; il y eut un changement pour représenter les jardins du palais; la perspective en étoit fort bien exécutée. Il n'y avoit d'instruments que deux violoncelles qui accompagnoient les voix et qui étoient derrière les coulisses.

1. La Maison de Saint-Cyr, p. 3i4» — M. Lavallée nous fait connaître les noms des principales actrices : Mlle de Loubert (Esther), Mlle de Gensian (Assuérus), Mlle Hurault (Aman), Mlle de Fleurigny (Zarès).

2. Tome XIV, p. 383-388, sous la date du lundi 19 jauvier 1766.

ESTHER

Les rôles qui parurent les mieux exécutés furent celui d'Aman et celui de Mardochée; celui d'Esther le fut assez bien aussi en certains endroits 1 . Clérembaut , organiste de Saint-Cyr, et son frère, tous deux fils du grand Clérembaut, avoient travaille l'un et l'autre pour l'exécution de cette pièce. Le premier avoit fait plusieurs changements à la musique des chœurs, et l'autre avoit dirigé les habillements.... On s'étoit servi de toutes les étoffes de la maison, que l' on avoit chamarrées avec du clinquant, et l'on avoit fait usage d'un grand nombre de pierreries fausses qui appartiennent à la maison ; elles lui ont été données par Louis XIV, et l'on estime qu'il y en a pour vingt mille livres. Ces pierreries ont été données à l'occasion des deux tragédies

d'Esther et à' Athalie Les choeurs furent fort bien exécutés.

Les filles qui chantoient avoient conservé sur le théâtre les distinctions de leur classe. Quoique ce soit l'usage de mettre du rouge sur le théâtre, aucune des actrices n'en avoit, et on ne s'en apercevoit point. » Dans cette représentation de 1756, on s'était évidemment flatté de revenir, au moins pour un jour, aux grandes représentations de 1689 et de 1690. La présence de la famille royale, les mêmes pierreries qui avaient brillé sous les yeux de Louis XIV, rien n'y manquait. 11 y avait même un Racine encore pour animer de ses encouragements, diriger par ses conseils les jeunes actrices, et tenter de faire revivre dans un nouveau prologue l'inspiration paternelle. Malheureusement ce fils du grand Racine ne connaissait pas, n'aimait pas le théâtre comme son père, n'était pas comme lui un récitateur sans égal. Cependant il pouvait, lui si pieusement zélé pour la gloire de l'auteur ftEsther, si pénétré des sentiments qui avaient inspiré cette tragédie, ne pas rester trop au-dessous de la tâche qu'on lui avait confiée; mais dans le temps qu'il préparait cette représentation commémorative , le malheur

1 . Le duc de Luynes donne un peu plus loin les noms des actrices : Mlle de Crécy (Assuérus), Mlle de la Saile (Esther), Mlle du Moutier (Mardochée), Mlle d'Escaquelonde (Aman), Mlle de Maillé-Carman (Zarès), Mlle de Chabrignac (Hydaspe), Mlle de Charpin (Asaph), Mlle de Beaulieu (Élise), Mlle du Han de Crèvecœur (Thamar). Il nomme aussi les demoiselles qui formaient les chœurs des jeunes Israélites, et celles qui étaient chargées des récits des chœurs. Mais ce serait ici entrer dans un trop grand détail.

NOTICE

vint cruellement le frapper. Ce fut deux mois avant le jour fixé pour la fête, au mois de novembre 1 755, que la mort tragique de son fils chéri lui porta un coup dont son âme ne se releva jamais. Il ne fut plus en état de remplir qu'imparfaitement le devoir qu'il avait accepté. L'effort qu'il dut faire sur lui-même le jour où il assista à la représentation dut être cruel. Le prologue, qu'il avait composé dans des circonstances si tristes, ne se trouva pas digne de son talent poétique, tant il s'en fallut qu'il rappelât, même de loin, les admirables vers de l'ancien prologue. Il serait donc sans intérêt de le citer. C'est un dialogue entre la Piété, V Innocence et la Paix, qu'on trouvera dans les Mémoires du duc de Luynes1. La supérieure de Saint-Cyr, Mme du Han , avait écrit au sujet de ce prologue une lettre à Louis Racine2. Elle l'y avertissait que des gens zélés trouvaient à redire à son prologue, que leurs critiques « pourraient avoir des suites, » enfin quils avaient eux-mêmes refait ce morceau. Le prologue de ces connaisseurs, qu'elle lui envoyait en même temps, diffère peu, sauf quelques fautes de prosodie, de celui que le duc de Luynes nous a conservé. Peutêtre les critiques s'étaient-ils contentés de quelques corrections; ou Louis Racine, découragé par son chagrin, avait-il, pour en finir plus tôt, adopté en partie leurs pauvres vers. Cependant on retrouve encore chez lui quelques-unes des expressions qu'on avait désapprouvées. Qu'il ait été d'ailleurs plus ou moins docile aux avis officieux, son oeuvre

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