Tome XIV, p. 386 et
2. Nous en devons la communication à M. Auguste de Naurois. N'ayant pu d'abord bien lire la signature de cette lettre, où il est question de la prochaine représentation à'Esther, et d'objections faites par quelques personnes à un premier proj et de prologue, nous l'avions crue adressée à l'auteur (VEsther lui-même, et nous étions prêt à en conclure que deux ou trois expressions critiquées par la supérieure de Saint-Cyr se trouvaient dans le prologue à'Esther sous sa première forme. Ce commencement de la lettre nous embarrassait cependant : <( Je n'ai pas osé vous presser de venir ici, Monsieur : je respecte la croix que vous portez. » Nous ne pouvions guère comprendre à quelle douleur de Racine cela faisait allusion. Nous avons parlé de cette difficulté dans une note de notre Notice biographique, p. 47. On voit que cette note est à supprimer.
fut une bien regrettable dissonance au milieu de la poésie
$ Esther K
Mais s'il fut trop facile de reconnaître qu'on n'était plus aux beaux jours de Racine et des premières années de Saint-Cyr, ce dut être pourtant une grande joie pour la maison royale que cette tentative qui lui fut permise pour rajeunir des souvenirs si chers. La fidèle mémoire qu'à Saint-Cyr on garda toujours à1 Esther nous est encore attestée par une anecdote touchante que rapporte M. Lavallée. Au temps où Saint-Cyr approchait de sa destruction définitive, «le 16 novembre 1792, mourut la dernière dame de Saint-Louis qui ait été enterrée à Saint-Cyr; elle se nommait Catherine de Cockborne de Villeneuve, et était âgée de soixante-onze ans. Dans le délire de ses derniers moments, cette pauvre religieuse chantait d'une voix sépulcrale les chœurs d' Esther où les Israélites déplorent, dans une langue divine, les malheurs de leur patrie2. »
Après avoir épuisé tout ce que nous avions à raconter de Saint-Cyr, il nous reste à dire quel fut le sort d' Esther sur une scène plus vaste et plus profane. Ce fut seulement après la mort du Roi, après celle aussi de Mme de Maintenon, et sous la liberté de la Régence, peu gênée par les pieux scrupules, que la représentation de cette tragédie put avoir lieu au Théâtre- Français. Celle Athalie, qui l'avait précédée sur le même théâtre, marquait assez que, même dans les choses littéraires, ! la volonté de Louis XIV ne faisait plus loi. Les comédiens ! jouèrent pour la première fois Esther sur le théâtre de leur hôtel, rue des Fossés-Saint-Germain, le 8 mai 1721. Ils [ avaient supprimé tout le chant et conservé seulement quelques i vers des chœurs. La pièce eut huit représentations, dont la j dernière fut donnée le mardi 27 du même mois. Les principaux rôles étaient ainsi distribués : Raron fit Assuérus ~; Mlle Duclos, Esther; Legrand, Mardochée ; Quinault-Dufresne, Aman;
ï. On avait ajouté aux chœurs de la tragédie ce dernier chant :
Dieu, qui consacrez notre enfance A prier pour nos souverains, Recevez l'encens de nos mains, Versez vos dons les plus chers sur la France.