La Maison de Saint-Cyr p
NOTICE
Mlle Lecouvreur, Zarès1. Le Mercure de 1721, qui nous donne ces détails, ajoute que le public a vu ces représentations « a\ec grand plaisir. » Mais les auteurs de Y Histoire du Théâtre françois disent que « le poème, supérieurement rendu par les acteurs, ne fit pas tout l'effet qu'on s'en étoit promis2. » C'est un fait curieux que Louis Racine ne connut ces représentations que bien des années après, et par la lecture du tome XV de l'ouvrage des frères Parfait. Il avait alors écrit ses Remarques sur Esther et sur Athalie ; il y fit une Addition, après avoir lu ce qui était pour lui une nouvelle. « Je ne sais, dit-il dans cette Addition1, comment il m'est arrivé de n'avoir eu aucune con-
noissance de ces représentations d' Esther [Elles] firent donc
bien peu de bruit, puisque je n'en entendis point parler alors, et qu'elles m'étoient encore aujourd'hui inconnues. Des personnes qui les ont vues viennent de m'assurer qu'elles n'avoient pas fait une grande impression sur les spectateurs, qui, en admirant la pièce, l' écoutèrent très-froidement.... Je ne puis imputer le malheur à1 Esther (si c'en est un) au jeu des acteurs. Les deux principaux personnages étoient exécutés , l'un par notre Roscius, l'autre par une actrice extrêmement célèbre. Je ne puis l'imputer à la sainteté de la pièce : la même sainteté règne dans Athalie. Je ne puis l'imputer au goût d'un siècle
qui, en 17 16, rendit justice à Athalie Je pourrois dire que le
retranchement des chœurs, où règne toute la douleur, a dû lui faire perdre sur le théâtre public sa plus grande beauté. Cependant Faction seule ne devoit-elle pas, comme celle d5 Athafie, faire sur les spectateurs une vive impression? Sans doute; et \ s'ils sont restés froids, c'est la faute de la pièce. Je suis contraint de l'avouer L'auteur étoit trop instruit de son art
pour ne pas sentir, au milieu des applaudissements donnés à Saint-Cyr, que cet ouvrage n'avoit point la partie la plus essentielle de la tragédie C'est par la représentation que le mérite
d'une action théâtrale est connu. » Louis Racine, cette fois, abandonnait trop facilement la cause d'un chef-d'œuvre de son père. Il le croyait condamné par les principes d'Aristote;
1. Mercure des mois de juin et juillet 1721, p. i58 et suivantes.