‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 315 sur 493 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Grand Dieu, juge ta cause, et déploie aujourd'hui

Ce bras, ce même bras qui combattoit pour lui,

Lorsque des nations à sa perte animées

Le Rhin vit tant de fois disperser les armées.

Des mêmes ennemis je reconnois l'orgueil ; 4 5

Ils viennent se briser contre le même écueil.

Déjà, rompant partout leurs plus fermes barrières,

Du débris de leurs forts il couvre ses frontières1.

Tu lui donnes un fils prompt à le seconder, Qui sait combattre, plaire, obéir, commander; 5o Un fils qui, comme lui, suivi de la victoire, Semble à gagner son cœur borner toute sa gloire ; Un fils à tous ses vœux avec amour soumis, L'éternel désespoir de tous ses ennemis. Pareil à ces esprits que ta Justice envoie, 5 5

Quand son roi lui dit : « Pars, » il s'élance avec joie, Du tonnerre vengeur s'en va tout embraser, Et tranquille à ses pieds revient le déposer2. -

Mais tandis qu'un grand roi venge ainsi mes injures , Vous qui goûtez ici des délices si pures, 6u

a pas là un mot d'éloge pour la répression de l'hérésie en France par la révocation de l'édit de Nantes (22 octobre 1 685) . Ceux qui l'ont dit ont eu une distraction, par exemple, au tome II, p. 325 de ses Essais d'histoire littéraire, M. Eugène Gerusez, écrivain de tant d'esprit et de solide instruction qu'une telle erreur, appuyée de son autorité, risquerait de s'accréditer au détriment de Racine.

1. Luneau de Boisjermain, et, à son exemple, la Harpe, Geoffroy, M. Aimé- Martin ont ainsi changé ce vers :

Du débris de leurs forts ils couvrent ses frontières.

Il se rapporte au Roi comparé à un écueil. L'image est beaucoup plus juste et plus belle. — Racine fait allusion aux places qui furent emportées dans la campagne de 1688, et qui sont nommées dans la note suivante.

2. Le grand Dauphin avait été envoyé par Louis XIV au siège de Philisbourg, où il était arrivé le 6 octobre 1688. Après la prise de Philisbourg, il avait attaqué et pris Manheim, puis Frankenthal. Il était de retour auprès du Roi le dimanche 28 novembre 1688. La campagne qu'il venait de faire avec Vauban lui donna pour quelque temps une grande popularité.

ESTHER

S'il permet à son cœur un moment de repos, A vos jeux innocents appelez ce héros.

Retracez-lui cTEsther l'histoire glorieuse, Et sur l'impiété la foi victorieuse.

Et vous, qui vous plaisez aux folles passions Qu'allument dans vos cœurs les vaines fictions, Profanes amateurs de spectacles frivoles, Dont l'oreille s'ennuie au son de mes paroles, Fuyez de mes plaisirs la sainte austérité. Tout respire ici Dieu, la paix, la vérité.

ESTHER

TRAGÉDIE

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