Voltaire fait dire à Mahomet
Et je verrais leurs fronts attachés à la terre.
[Mahomet, acte II, scène v.),
2. Racine dit aussi plus has, aux vers 560-5Ô2, en parlant de Mardochée :
Assis le plus souvent aux portes du palais
Il y traîne, Seigneur, sa vie infortunée.
On lit dans le Livre d'Esther , fit, 19 : « Mardochœus manebat ad januam Régis; » et 11, 21 : a Mardochaeus ad Régis januam morabatur ; » et enfin v, 9 : « Cumque vidisset Mardochaeum sedentem ante fores palatii, et non solum a non assurrexisse sibi , sed nec raotum quidem de loco sessionis suae , inditc gnatus est valde. » Mais faut-il comprendre, ainsi que Racine paraît l'avoir fait, que Mardochée venait s'asseoir devant cette porte, comme eût pu le faire tout passant? Il y a là sans nul doute une erreur, que M. A. Coquerel a signalée dans sa note sur le vers 562. Il fait remarquer avec raison que Mardochée avait un office à la cour de Suse, et que c'est là le sens de cette expression « être assis à la porte du Roi, » comme on en voit un exemple dans la Prophétie de Daniel, n , 49 : « Ipse autem Daniel erat in foribus Régis. » — a La porte, ajoute-t-il, désignait le palais des monarques de l'Asie, et, par extension, l'ensemble de leur entourage domestique et de l'administration de l'État. » On retrouve de notre temps ce sens dans ces mots : « la Porte Ottomane. » Il faut noter qu'au verset 19 du chapitre 11 tVEsther, où la Fulgate dit : « Mar- « dochaeus manebat ad januam régis, » on trouve dans la version des Septante : eO âs Mapoo^atoc sdepxTZSvsv èv ry aù^.y). Ajoutons cette citation de la Fulgate (Esther, xi, 3) : « (Mardochseus) inter primos aulae regiae. »
ESTHER
Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe, Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui ? Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui?
HYDASPE
Seigneur, vous le savez, son avis salutaire 445
Découvrit de Tharès le complot sanguinaire 1 .
Le Roi promit alors de le récompenser.
Le Roi, depuis ce temps, paroît n'y plus penser.
AMAN
Non, il faut à tes yeux dépouiller l'artifice .
J'ai su de mon destin corriger l'injustice. 450
Dans les mains des Persans jeune enfant apporté,
Je gouverne l'empire où je fus acheté 2.
Mes richesses des rois égalent l'opulence.
Environné d'enfants, soutiens de ma puissance,
Il ne manque à mon front que le bandeau royal. 455
Cependant, des mortels aveuglement fatal !
De cet amas d'honneurs la douceur passagère
Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère 3 ;
Mais Mardochée, assis aux portes du palais,
1. Le Livre d'Esther, u} 21 et 22, nomme deux auteurs de ce complot, Bagathan et Tharès, eunuques du Roi, et raconte qu'ils furent dénoncés par Mardochée. Voyez les vers 100, 527 et 52g.
2. « Racine, dit M. A. Coquerel dans une note sur ce vers, pouvait emprunter ce trait à l'histoire ordinaire de l'Orient; mais le Livre d'Esther ne dit point qu'Aman eût commencé par l'esclavage. »
3. « Et exposuit illis magnitudinem divitiarum suarum , filiorumque turham, <c et quanta eum gloria super omnes principes et servos suos Rex elevasset. Et
« post hsec ait : Cum ha?c omnia habeam, nihil me habere puto , quamdiu
ce videro Mardochaeum Judaeum sedentem ante fores regias. » (Esther,v, ii-i3.) — Voici comment du Ryer, dans son Esther (acte I, scène m), a rendu ce passage :
Triste loi des grandeurs! vains charmes des esprits, Qui ne contentent point comme blesse un mépris ! La fortune me rit, un roi me favorise. Tout le monde m'adore, un seul Juif me méprise ; Et ce mépris tout seul occupant tous mes sens, Du monde universel m'empoisonne l'encens.