ACTE II, SCÈNE VIII
Il rend de profanes hommages. 7 4»
UNE AUTRE
Tout son palais est plein de leurs images.
LE CHOEUR chante.
Malheureux ! vous quittez le maître des humains Pour adorer l'ouvrage de vos mains 1 !
UNE ISRAÉLITE chante.
Dieu d'Israël, dissipe enfin cette ombre. Des larmes de tes saints quand seras-tu touché ? 745
Quand sera le voile arraché 2 Qui sur tout l'univers jette une nuit si sombre? Dieu d'Israël , dissipe enfin cette ombre : Jusqu'à quand seras-tu caché ?
UNE DES PLUS JEUNES ISRAELITES
Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel! si quelque infidèle, Ecoutant nos discours , nous alloit déceler 3 î
ÉLISE
Quoi ? fille d'Abraham , une crainte mortelle
Semble déjà vous faire chanceler?
Hé! si l'impie Aman, dans sa main homicide Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant , 755
A blasphémer le nom du Tout-Puissant
Vouloit forcer votre bouche timide?
UNE AUTRE ISRAELITE
Peut-être Assuérus , frémissant de courroux ,
1 . « Et miserunt deos eorum in ignem : non enim erant dii , sed opéra « nianuura hominum. » [Livre IV des Rois, xix, 18.) — « Opus rnanuuni « suarum adoraverunt, quod fecerunt digiti eorum. ce (haïe, tt] 8.) — Voyez aussi Jèrêmie, i, 16; et Osée, xiv, 4.
2. « Cum autem conversus fuerit adDominum, auferetur velamen. » (Êpître II aux Corinthiens, m, 16.)
3. Dans les Choé/'hores d'Eschyle, dont Racine s'est peut-être souvenu ici, le Chœur dit de même (vers 239-261) :
Il/Ô.ô\ 07TWÇ fJ.Y] KSÙGSTVA TIÇ, (il TSXVO., UpOi TOÙç XjOaTOÛVTOCÇ.
ESTHER
Si nous ne courbons les genoux
Devant une muette idole , 7 e, o
Commandera quon nous immole.
Chère sœur, que choisirez- vous?
LA JEUNE ISRAÉLITE
Moi! je pourrois trahir le Dieu que j'aime ? Padorerois un dieu sans force et sans vertu ,
Reste d'un tronc par les vents abattu , 7 6 5
Qui ne peut se sauver lui-même?
LE CHOEUR chante. [ plorent
Dieux impuissants, dieux sourds1, tous ceux qui vous im- Ne seront jamais entendus.
Que les démons , et ceux qui les adorent , Soient à jamais détruits et confondus. 770
UNE ISRAÉLITE chante.
Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis , Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie. Dans les craintes , dans les ennuis , En ses bontés mon âme se confie.
Veut-il par mon trépas que je le glorifie? 775 Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie.
ÉLISE
Je n'admirai jamais la gloire de l'impie.
UNE AUTRE ISRAELITE
Àu bonheur du méchant qu'une autre2 porte envie.
ÉLISE
Tous ses jours paroissent charmants ; 780 L'or éclate en ses vêtements;
1 . « Atlïes habent (simulacra gehtiuii) et non audiént. » (Psûttme cxlii^ Non nobis Domine, 6.) — « Omnia idola nationum,... quibus neque oculoruin « usus est ad videndum — neque aures ad audiendum » (Sagesse, xv, i5.)
2. Les éditions de 1702, 171 3, 1^2.3 (Cologne), 1736, Luneau de Boisjermain, etc., ont remplacé a une autre » par oc un autre. »