‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 382 sur 493 · I. Souvenirs, p. 455 et · texte numérisé non relu

I. Souvenirs, p. 455 et

ATHALIE

trouva toujours prêt à lui susciter des obstacles. Il avait failli, dès le commencement de sa carrière, être arrêté par les anathèmes de Port-Royal. Redevenu docile à la voix de ses anciens maîtres, il avait, pour se réconcilier avec eux comme avec sa conscience, renoncé à la scène profane; et maintenant qu'avec leur approbation et à leurs applaudissements il était entré dans une voie nouvelle, d'autres rigoristes, venus d'un tout autre côté, lui fermaient le théâtre innocent où son génie avait trouvé un asile. Nous n'avons pas nié, dans la Notice iïEsther, que des exercices de théâtre, si pieux qu'ils fussent, ne pussent avoir pour les jeunes filles de Saint-Cyr quelques-uns des dangers qu'on signalait; mais Racine, consacrant sa muse aux louanges de Dieu, et n'osant plus aborder d'autre scène que celle d'un couvent, jouait de malheur de devenir là encore, avec Esther et Athalie, une pierre de scandale. Mme de Maintenon était depuis longtemps ébranlée par beaucoup d'objections ; Godet des Marais l'effraya décidément. M. Lavallée donne à entendre, nous ne savons si c'est d'après les Mémoires des Dames de Saint-Cyr, que, si le Roi n'eût pas obstinément refusé de faire aux plaintes dont les divertissements de la maison de Saint-Louis étaient l'objet, autant de concessions qu'en conseillait Mme de Maintenon, on eût été jusqu'à détourner Racine de continuer un travail devenu inutile. Heureusement le Roi trouva un peu outrées les exigences des zélés : ce Aussi on laissa Racine achever Jthalie, et on fit apprendre la pièce aux Demoiselles1. » Avant les représentations dans la chambre de Mme de Maintenon, il y en eut, en très-petit nombre , à Saint-Cyr même , qui sont passées sôus silence par Mme de Caylus, peut-être parce qu'elles ne furent considérées que comme des répétitions. C'est ainsi du moins qu'en parle le Journal de Dangeau : « Vendredi 5 janvier 1691, à Versailles. Le Roi et Monseigneur allèrent l'après-dînée à Saint- Cyr, où il y eut une répétition ftAthalie avec la musique. — Jeudi 8 février 1691, à Versailles. Il y eut à Saint-Cyr une répétition d' Athalie en particulier; Mme de Maintenon y mena fort peu de dames. — Jeudi 22 février 1691, à Versailles. Le

l. Mme de Maintenon et la Maison royale de Saint- Cyrt p. Ii3.

NOTICE

roi et la reine d'Angleterre allèrent à Saint-Cyr, où il y eut une répétition d' Athalie. »

Ces répétitions se firent avec une excessive simplicité. On n'avait voulu ni décorations, ni théâtre. Les jeunes actrices récitèrent la pièce dans la classe bleue, sans costumes, et n'ayant que leurs habits de Saint-Cyr, auxquels il leur fut permis seulement d'ajouter quelques perles, quelques rubans1. La troisième de ces représentations à Saint-Cyr, quoiqu'on n'y eût pas, à ce qu'il paraît, déployé plus de pompe que dans les deux précédentes, eut plus de solennité, et rappela un peu mieux les jours brillants iïEsther, du moins par le rang illustre des invités que le Roi y amena. Outre le roi et la reine d'Angleterre, cinq ou six personnes y furent admises, au nombre desquelles était Fénelon. Le Journal de Dangeau, dont nous avons tout à l'heure produit le témoignage, fixe incontestablement cette représentation au 22 février, et non, comme l'a fait M. Lavallée2, au 5 janvier, qui fut le jour de la première répétition. La Beaumelle a également parlé, sans en donner la date, de ce jour où Athalie fut jouée en présence de Leurs Majestés Britanniques, et aussi, dit-il, du P. de la Chaise, de Fénelon et de plusieurs ecclésiastiques. Il ajoute ce détail, dont, sur la foi de sa seule autorité, nous ne garantirions pas l'exactitude : «Mme de Maintenon pria Monsieur de Chartres de s'y trouver. Fénelon, son collègue et son ami, ne le persuada point. Pendant le spectacle, l'évêque fit aux Dames de Saint-Louis une conférence sur l'état déplorable des chrétiens qui se livrent avant le carême3 à des plaisirs scandaleux, et sur la nécessité de lui en faire une amende honorable par le silence et par la retraite*. » — « Après cette représentation, dit M. Lavallée5, le Roi céda aux prières de Mme de Maintenon, et résolut de ne plus troubler par ces sortes de divertissements la

T. La Maison de Saint-Cyr , p. n3. — 2. Ibidem.

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