‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 383 sur 493 · Le carême commença cette année le 28 février · texte numérisé non relu

Le carême commença cette année le 28 février

4. Mémoires de Mme de Maintenon, livre VIII, chapitre xv, tome III , p. 188 et 189.

5. La Maison de Saint-Cyr, p. n3 et 114. — Les premiers mots : « Après cette représentation, » rendent évidente l'erreur de la date du 5 janvier 1691.

régularité de la maison.... Il déclara donc que ni lui ni personne de la cour ne viendrait aux spectacles de Saint-Cyr, lesquels se passeraient dorénavant devant les Demoiselles seules et la communauté.... Néanmoins l'année où fut représentée Athalie, et les deux suivantes, le Roi demanda à Mme de Maintenon que les Demoiselles vinssent quelquefois à Versailles, pour jouer, sans appareil, dans sa propre chambre, en présence des princes du sang et de quelques seigneurs de distinction. Ces représentations se firent comme il l'avait demandé. Les Demoiselles étaient amenées dans les carrosses du Roi et gardées par des dames de la cour, pieuses et âgées ; elles jouaient sans autre parure que leur habit ordinaire. » Dangeau n'a point noté ces représentations à Versailles; nous en ignorons la date précise. Nous avons vu que Mme de Caylus n'en comptait qu'une ou deux. Cependant on doit conclure des paroles de M. Lavallée qu'il yen eut en 169T, 1692 et 1693-, celles de 1691 ne purent avoir lieu qu'après le retour du Roi de sa campagne de Mons. Le silence de Dangeau, chroniqueur si minutieux, celui de Mme de Sévigné, toujours bien informée de ce qui faisait du bruit à la cour, prouvent d'une manière frappante à quel point on avait réussi à tenir dans l'obscurité un chef-d'œuvre qui méritait d'avoir à sa naissance l'éclat des premières représentations du Cid ou àJAndromaquei. Nous sommes disposé à

1 . Nous savons si peu de chose de ces représentations à'Athalie dans la chambre de Mme de Maintenon, que le témoignage de Boileau sur le succès de l'une d'elles serait particulièrement précieux. Mais la lettre de Boileau à Racine, que M. Aimé-Martin a publiée le premier dans son édition de 1844 (tome VI, p. 197), et qui n'est point dans le recueil donné par Louis Racine à la bibliothèque du Roi, nous paraît avoir été fabriquée. M. Aimé-Martin place cette lettre chronologiquement avant celle du 2 5 mars 1691, ce qui est impossible. Il dit en note qn'Athalie fut représentée deux fois à Versailles en 1690, que Racine était à la première représentation, qu'il s'agit donc de la seconde Athalie ne fut pas représentée en 1690. Là du reste n'est pas l'objection contre la lettre elle-même, qui n'est datée que de Versailles, à six heures, sans indication même du jour. Mais voici pourquoi cette lettre nous est très-suspecte : « J'ai été appelé , dit Boileau, dans la chambre de Mme de Maintenon , pour voir jouer devant le Roi, par les actrices de Saint-Cyr, votre pièce & Athalie. Quoique les élèves n'eussent que leurs habits ordinaires, tout a été

croire qu'Jthnlie fut estimée à Saint-Cyr et à Versailles, mais qu'elle n'y fut pas admirée avec un grand enthousiasme. On avait beau ne la jouer qu'à huis clos, cet enthousiasme, s'il eût été le même que pour Esther, se fût révélé, et eût donné l'éveil au public , ce dont nous ne trouvons aucune trace. Il faut dire que toutes faciles à sentir que soient les beautés & Athalie même à la simple lecture, cependant pour une tragédie conçue par le poëte comme s'il l'eût destinée à la plus vaste scène, c'était un grand dommage d'être seulement récitée par des enfants, sans aucun appareil, alors que Saint- Cyr, aux plus beaux jours de son théâtre, n'aurait pu la représenter dignement. Emporté cette fois par son génie à des hauteurs que n'avaient point prévues ceux qui lui avaient commandé cette seconde tragédie sainte , Racine semblait avoir oublié pour quelle scène, pour quels acteurs il travaillait. Dans sa pièce, l'énergie des caractères, la vigueur des pensées eût demandé d'autres interprètes que de jeunes filles. Joas, Josabet et les chœurs étaient seuls à leur taille. Ce temple du Seigneur devenu le champ de bataille d'une grande révolution,

le mieux du monde et a produit un grand effet. » Boileau a copié Mme de Caylus, plus qu'il n'était besoin. Pourquoi apprendre à Racine que c'était par les actrices de Saint-Cyr que sa pièce avait été jouée, et avec leurs habits ordinaires? Racine le savait de reste. On désirerait un détail, qui ne se trouvât point partout. En voici un : « Si j'avois plus de loisir, je vous rapporterois un mot charmant de Monsieur de Chartres sur votre pièce, et qui a fait dire de grands biens de vous par le Roi. » Remettre au lendemain la citation de ce mot charmant est en vérité le fait d'un homme bien pressé. Monsieur de Chartres doit venir là en souvenir du passage de la Beaumelle que nous avons cité : « Mme de Maintenon pria Monsieur de Chartres de s'y trouver. » Mais il eût fallu lire avec plus d'attention ce qui suit. Godet des Marais, le jour où il fut invité à la répétition à^At Italie, n'y vint pas. Est-il très-vraisemblable qu'il ait été plus tard invité à Versailles, pour entendre réciter par les Demoiselles de Saint-Cyr une pièce qu'il n'eût pas voulu qu'on leur apprît? et se le figure-t-on facilement disant un mot charmant, sans doute un mot d'éloge délicat, sur la tragédie, objet de ses sévérités? On croirait volontiers à une distraction qui aurait fait penser, en lisant ce nom de Monsieur de Chartres dans la Beaumelle, au jeune duc de Chartres, au futur régent.

AÏHALIE.

ces troupes de lévites armés, tout cet appareil religieux et guerrier, c'était trop peut-être pour nos théâtres publics eux-mêmes. Aux dernières scènes d'Athatie, dont la pompe sacerdotale à la fois et nationale rappelle, avec plus de mouvement et d'intérêt dramatique, les dernières scènes des Euménides d'Eschyle, il en eût fallu un, ce nous semble, tel que celui d'Athènes, où de grands spectacles étaient possibles, en présence d'un peuple si nombreux, animé d'ailleurs des mêmes sentiments que le poète, et disposé à être ému par les souvenirs de son histoire religieuse. Non-seulement Racine n'eut point un semblable théâtre à sa disposition, mais pour une œuvre à laquelle la scène française ne paraissait pas en état de suffire, il n'eut pas même la modeste scène accordée à Esther. Quoi qu'en ait dit Mme de Caylus, à l'autorité de laquelle nous avons peut-être trop déféré nous-même dans un passage de notre Notice biographique1, Athalie, jouée dans une chambre devant quelques personnes, dut paraître froide, parce qu'autour d'elle tout était froid, tout était disproportionné avec tant de grandeur. Si l'on admet, comme nous sommes porté à le faire, que son succès fut médiocre à la cour, l'explication que nous venons de donner suffit. On en a proposé une autre : Louis XIV aurait été blessé de plusieurs maximes trop hardies; mais les preuves manquent, et même la vraisemblance. Dans Esther aussi il y avait eu bien des hardiesses , qui cependant n'avaient pas déplu ; et, ce qui peut réfuter plus directement la supposition d'un mécontentement du Roi, on trouve très-répandue à l'époque iïAthalie l'opinion que quelques-unes des faveurs royales accordées alors au poète étaient la récompense de cette tragédie 2.

Athalie fut imprimée au mois de mars 1691, après les trois représentations de Saint-Cyr auxquelles on s'était fait une loi de donner si peu d'éclat, et qui par suite avaient eu si peu de retentissement au dehors. Le public se croyait sans doute averti de n'avoir pas à compter sur un chef-d'œuvre. Il lut avec des préventions qui n'étaient guère favorables. Racine d'ailleurs, qui avait longtemps, même dans les pièces où il s'était élevé le plus haut, composé avec les faiblesses de son siècle, le dépassa trop dans ses tragédies saintes, dans la seconde surtout, et

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