Mémoires, tome III, p. 34o
2. Lettres det Mme de Maintenon, Amsterdam, M.DCC.LVII , tome V, p. 1 et a.
AT H ALI E
partie : « Voilà donc Athalie encore tombée1 ! Le malheur poursuit tout ce que je protège et que j'aime. Madame la duchesse de Bourgogne m'a dit qu'elle ne réussiroit pas, que c'étoit une pièce fort froide, que Racine s'en étoit repenti, que j'étois la seule qui l'estimois, et mille autres choses qui m'ont fait pénétrer, par la connoissance que j'ai de cette cour-là, que son personnage lui déplaît. Elle veut jouer Josabet, qu'elle ne jouera pas comme la comtesse d'Ayen; elle fera pourtant tout ce que je voudrai. Je lui ai répondu que ce n'étoit pas à elle à se contraindre dans un divertissement que je n'avois imaginé que pour elle. Elle est ravie, et trouve Athalie merveilleuse. Jouons-la, puisque nous y sommes engagés : mais en vérité il n'est point agréable de se mêler des plaisirs des grands.... Il faudra que la comtesse d'Ayen fasse Salomith ; car sans compter ce qu'on doit à Mme de Chailly 2 qu'on fait venir pour jouer Athalie, je ne puis me résoudre à voir la comtesse d'Ayen jouer la furieuse. »
Dès les premiers temps de la Régence, l'interdiction faite aux comédiens de jouer Athalie fut levée. Le Régent, qui aimait cette tragédie, où il avait joué avec succès son rôle dans les représentations de Versailles, pensa qu'elle serait d'un grand effet sur un théâtre public, et qu'on ne devait pas lui refuser plus longtemps la scène française. Il n'était pas homme à tenir compte du déplaisir de Mme de Maintenon, qui, d'après la correspondance publiée par la Beaumelle, écrivait en ce temps-là à Mme de Dangeau 3 : « Je suis étonnée de ce que M. le cardinal de Noailles ne s'oppose point aux représentations $ Athalie. Vous croyez bien, Madame, qu'on le trouve trèsmauvais à Saint-Cyr. » La liberté que l'on prenait de passer par-dessus de respectables scrupules aurait eu besoin d'être
1. Cette première phrase est singulière. Que signifie celte nouvelle chute à* Athalie? Il semble que Mme de Maintenon veuille simplement dire qu'au moment de la jouer on rencontrait encore une fois des difficultés. Elle annonce pourtant que ces difficultés étaient aplanies. La Beaumelle a peut-être mêlé des lettres différentes.
2. Le texte de la Beaumelle porte de Ma'dly. C'est évidemment une faute du copiste ou de l'imprimeur.