Var. Le seul nom de Pompée assure sa conquête
4. L'abbé du Bos, dans ses Réflexions critiques (ire partie, section ix) , a beaucoup censuré ce vers et les deux suivants, en s'appuyant sur l'opinion d'un grand capitaine, qui est évidemment le prince Eugène de Savoie. Le prince et l'écrivain critique peuvent avoir raison dans les objections qu'ils font à ce passage de Mithridate ; mais Louis Racine a eu raison aussi de trouver une exactitude excessive et un peu pédantesque dans cette querelle géogra-
MITHRIDATE
Doutez- vous que l'Euxin ne me porte en deux jours
Aux lieux où le Danube y vient finir son cours?
Que du Scythe avec moi l'alliance jurée
De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée ? 800
Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats,
Nous verrons notre camp grossir à chaque pas.
Daces , Pannoniens , la fière Germanie ,
Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie.
Vous avez vu l'Espagne 4, et surtout les Gaulois , 8 o 5
phique à laquelle l'abbé du Bos semble attacher trop d'importance. Voici, quelle qu'en soit la valeur, la réflexion de l'abbé du^Bos :
« Doutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jours..., etc.
Il en pouvoit bien douter, dit un prince qui a commandé des armées sur le bord du Danube, et qui, comme Mithridate, a conservé sa réputation de grand capitaine dans l'une et l'autre fortune, puisque la chose est réellement impossible. L'armée navale de Mithridate, en partant des environs d'Asaph et du détroit de Caffa, où Racine établit la scène de sa pièce, avoit près de trois cents lieues à faire avant que de débarquer sur les rives du Danube. Des vaisseaux qui naviguent en flotte , et qui n'ont d'autre moyen d'avancer que des rames et des voiles, ne sauroient se promettre de faire cette route en moins de huit ou dix jours. M. Racine , sans craindre d'ôter le merveilleux de l'entreprise de Mithridate , pouvoit bien encore accorder six mois de marche à son armée, qui avoit sept cents lieues à faire pour arriver à Rome. Le vers qu'il fait dire à Mithridate :
Je vous rends dans trois mois au pied du Capitole ,
révolte ceux qui ont quelque connoissance de la distance des lieux »
Si le prince Eugène a fait l'observation que rapporte l'abbé du Bos , ce fut nécessairement à une époque où Racine n'eût pu en faire son profit pour des corrections dont il ne se souciait plus. L'année où parut Mithridate le prince Eugène était encore enfant.
1 . Ce fut Mithridate qui, suivant Cicéron, envoya des ambassadeurs aux Espagnols : « Usque in Hispaniam legatos Ecbatanis misit ad eos duces quicc buscum tum bellum gerebamus. » (Discours pour la loi Manilia, chapitre iv.) Cicéron dit aussi dans le Discours pour Muréjia, chapitre xv, que Mithridate songeait à joindre ses troupes à celles de Sertorius ; et Florus, en parlant de ce même Sertorius (livre III } chapitre xxn), s'exprime ainsi : « Ad Mithridatem « quoque Ponticosque respexit , regemque classe juvit. » Au temps où se passe l'action de la tragédie , la guerre de Sertorius était terminée depuis plusieurs années ; mais Mithridate pouvait encore avoir l'espérance de rallumer la guerre en Espagne. — Appien [Guerre de Mithridate , chapitre cix) atteste que Mithridate songeait à aller se joindre aux Gaulois , avec qui il avait déjà à cet effet contracté des alliances, pour franchir les Alpes et envahir l'Italie avec eux.