‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 40 sur 493 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois

Exciter ma vengeance, et jusque dans la Grèce,

Par des ambassadeurs accuser ma paresse.

Ils savent que sur eux prêt à se déborder,

Ce torrent, s'il m'entraîne , ira tout inonder1; 8 1 o

Et vous les verrez tous, prévenant son ravage,

Guider dans l'Italie et suivre mon passage.

C'est là qu'en arrivant , plus qu'en tout le chemin , Vous trouverez partout l'horreur du nom romain , Et la triste Italie encor toute fumante 8 1 5

Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante2. Non, Princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers; Et de près inspirant les haines les plus fortes, Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. 820 Ah ! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur Spartacus , un esclave , un vil gladiateur 3 , S'ils suivent au combat des brigands qui les vengent, De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'un roi longtemps victorieux , 825

1 . Voltaire a presque copié ces vers dans la Henriade (chant IV) :

Cet orageux torrent, prompt à se déborder, allait tout inonder.

1, Il y avait environ vingt-cinq ans que la guerre sociale ou guerre des Marses avait pris fin. Suivant Diodore, les alliés avaient envoyé une ambassade à Mithridate pour implorer son secours. Dans le discours rapporté par Justin (livre XXXVIII, chapitre iv; voyez ci-dessus, p. 57, note 2), Mithridate rappelle aussi à ses soldats la guerre sociale qui a mis Rome en péril : « Ac « ne veteribus immoretur exemplis, hoc ipso tempore universam Italiam bello « Marsico consurrexisse, non jam libertatem, sed consortium imperii civita- « tisque poscentem. »

3. Appien {Guerre de Mithridate, chapitre cix) a suggéré à Racine plusieurs des idées de ce discours : « Mithridate savait, dit-il, que presque tous les Italiens, associés dans leur haine , s'étaient naguère révoltés contre Rome, lui avaient fait une longue guerre, et avaient même soutenu contre eux Spartacus, un vil gladiateur : 27raprâxw ts //.ovc/Aa'^w cjurôiGOiv sn' aùroùç otvdpi zt:' où^sfj.tv.ç àÇcûiïswç 'ôwt, »

M ÏTHRID ATE.

Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux1?

Que dis-je? En quel état croyez- vous la surprendre?

Vide de légions qui la puissent défendre ,

Tandis que tout s'occupe à me persécuter,

Leurs femmes, leurs enfants pourront-ils m'arrêter? 8 3o

Marchons; et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers ; Qu'ils tremblent, à leur tour, pour leurs propres foyers. Annibal l'a prédit , croyons-en ce grand homme , 8 3 5 Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome2. Noyons-la dans son sang justement répandu. Brûlons ce Capitole où j'étois attendu.

Détruisons ses honneurs , et faisons disparaître 3 La honte de cent rois, et la mienne peut-être; 840 Et la flamme à la main effaçons tous ces noms Que Rome y consacroit à d'éternels affronts.

Voilà l'ambition dont mon âme est saisie. Ne croyez point pourtant qu'éloigné de l'Asie J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs. 845 Je sais où je lui dois trouver des défenseurs.

1. Mithridate rappelle aussi dans son discours à ses soldats (Justin, livre XXXVIII, chapitre vu) qu'il descend de Cyrus : a Se.... clariorem illa coite luvie convenarum esse, qui paternos majores suos a Cyro Darioque, condito- « ribus Persiciregni, maternos a magno Alexandro ac Mcatore Seleuco, condia toribus imperii Macedonici, référât. » Appien [Guerre de Mithridate, chapitre cxn) dit que Mitbridate était le seizième descendant de Darius, fils d'Hystaspe. Darius avait épousé une fille de Cyrus. Suivant Florus (livre III, chapitre v), Artabaze , ancien roi de Pont, descendait des sept conjurés perses : a Artabazes a septem Persis oriundus. » On dit que cet Artabaze ou* Artabazane, un des ancêtres de Mithridate, était fils de Darius, et reçut îe royaume de Pont, comme consolation de la préférence qui avait été donnée pour celui de Perse à son frère Xerxès.

2. « Il avait entendu raconter, dit Appien (Guerre de Mithridate , chapitre cix) que cette résolution (de porter la guerre en Italie) avait réussi à Annibal, et que par là il s'était rendu la terreur du peuple romain. »

3. II y a disparaître par un a (disparaistre) dans toutes les éditions publiées du vivant de Racine.

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