La Maison de Saint-Cyr, p
2. Elle est datée du 3 décembre. Voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome XI, p. 270. £
3. Lettre a d'Héricourt, du 19 décembre 1736, même tome, p. 272.
4 . Voyez sa Correspondance, au mois de juillet 1 770 (tome I, p. 206) .
ATHAL1E.
neur de jouer devant la cour le rôle dont Mlle Dumesnil était en possession. Ses brigues l'emportèrent, et le jeudi 24 mai, dans la salle du nouvel Opéra à Versailles, elle joua le rôle d'Athalie. Grimm dit que les dispositions du public, irrité d'une faveur injuste, étaient telles que Mlle Clairon, eût-elle divinement joué, n'aurait pas réussi; mais que d'ailleurs « l'on s'accorde
à dire qu'elle joua mal. » Le Mercure de France parle tout
autrement de son succès ; mais sa relation des fêtes du mariage semble avoir comme un caractère officiel ; et l'on peut croire à un parti pris de tout y admirer. « La demoiselle Clairon, dit ce journal, — a joué le rôle d'Athalie de manière à ajouter encore
aux regrets que cause sa retraite ; la demoiselle Dubois dans
le rôle de Josabeth, le sieur Brizart dans celui de Joad , le sieur le Rain dans celui d'Abner ont disputé de zèle et de talent *. » Il y avait là deux acteurs du moins qu'on pouvait louer sans complaisance : Brizart, qui, d'après tous les témoignages, excellait dans le personnage de Joad, et» le Kain. On trouve dans le même article du Mercure d'autres détails qui se rapportent à la magnificence du spectacle. C'était la première fois que l'on jouait Athalie avec la pompe qu'elle demande. « La décoration représentant le temple de Jérusalem était parfaitement bien peinte et de la plus grande ordonnance.... La partie intérieure du temple, formée par une arcade assez haute et assez ouverte pour que l'œil ne perdît rien de la noblesse et de l'élévation de l'architecture.... étoit terminée au fond par une colonnade circulaire, au-dessus de laquelle on avoit pratiqué une galerie destinée à recevoir une quantité considérable de prêtres et de peuple, dans l'instant où Joas paroît sur son trône, entouré de ses défenseurs victorieux. Il seroit difficile de donner une véritable idée de la beauté majestueuse de ce spectacle, rendu encore plus frappant par les chœurs nombreux2. .. » Nous croyons qu'à ces chœurs on avait mêlé des chants qui y étaient étrangers. C'est du moins, comme nous l'apprend le Mercure de juin 17703, ce qui avait été fait à une répétition donnée le 3 mai précédent sur le théâtre du faubourg Saint-Germain : « On a emprunté iïErnelinde, dit le
li Mercure de France d'octobre 1770, p. i53 et i54' 2. Ibidem. — 3. Page 188.
Mercure, le chœur du serment et plusieurs morceaux de différents opéras qui font un très-grand effet dans les chœurs. » Ernelinde, opéra de Philidor, était fort à la mode en 1770, où il venait d'y en avoir une reprise. On vantait comme magnifique le chœur du serment dans le premier acte :
Jurons sur nos glaives sanglants, etc.
Il avait sans nul doute été placé dans la scène vi de l'acte IV. L'effet musical pouvait être heureux; et la musique couvre bien des choses ; toutefois elle ne dut pas obtenir grâce auprès de tout le monde pour la hardiesse un peu trop grande qu'on s'était permise, s'il faut comprendre qu'on avait mêlé aux vers de Racine les vers de Poinsinet et de Sedaine.
On suit presque sans interruption l'histoire des représentations d' Athalie, dans celle du Théâtre-Français, où l'on ne demeura jamais longtemps sans jouer cette tragédie ; mais nous ne devons nous attacher qu'aux souvenirs les plus marquants. Tels sont ceux qui sont restés du temps de Tahna. Ce grand tragédien se chargea successivement des rôles d'Abner et de Joad *. Les critiques les plus sévères pour lui avaient reconnu le talent supérieur dont il faisait preuve dans quelques parties du rôle d'Abner, surtout aux derniers actes. Son succès cependant ne l'avait pas entièrement satisfait lui-même ; et nous voyons qu'en 1806 il avait laissé ce rôle à Lafon, qui y produisit un grand effet. C'était le temps où Saint-Prix jouait Joad, et où Mlle Georges, puis Mlle Duchesnois tentaient le rôle d'Athalie. On donna cette année plusieurs de ces représentations de la tragédie sainte, depuis le mois d'octobre. Tahna, plus tard, s'attacha au rôle qui, par sa grandeur imposante, lui convenait mieux encore. 11 avait, dans le personnage de Joad, à exprimer la majesté sainte d'un pon-
1. Une singularité, que l'on trouve consignée dans Y Histoire du Théâtre-Français, depuis le commencement de la Révolution, par Etienne et Martainville (tome I, p. 184), c'est qu'en 1790 (le a3 octobre, jour où Mlle Joly, soubrette de la Comédie française, remplit le rôle d'Athalie), Talma joua un simple rôle de lévite, et qu'il y eut un sifflet qui le poursuivit pendant toute la pièce; mais c'était la suite d'une querelle de comédiens.
ATHALIE
tife, l'enthousiasme d'un prophète, et l'énergie d'une grande âme ; ce rôle si difficile, et pour lequel la scène risque toujours de paraître bien profane, fut un de ceux qu'il marqua fortement de l'empreinte de son génie tragique. 11 ne l'aborda qu'en 1819, et pour la première fois le 10 mars, à une grande représentation qui fut donnée sur le théâtre de l'Académie royale de musique. Brizart, que nous avons nommé à l'occasion des spectacles de Versailles en 1 770, avait laissé dans ce même rôle, souvent joué par lui, des souvenirs redoutables, contre lesquels depuis avait toujours vainement lutté Saint-Prix avec tous les avantages de sa belle taille , de sa physionomie et de sa voix; Brizart, en effet, non moins imposant, avait eu dans le personnage du grand prêtre bien plus de force et de chaleur, et un pathétique qui, dans quelques scènes, arrachait, dit-on, aux spectateurs des larmes d'attendrissement et d'admiration. Quoique les vieux amateurs du théâtre, qui avaient vu Brizart, eussent de la peine à trouver en 18 19 qu'il fût vaincu par Talma, ils étaient forcés d'avouer qu'il lui aurait envié la manière dont il rendait certains passages , par exemple , dans la première scène, la réplique à Abner :
Du zèle de ma loi que sert de vous parer? etc., les vers de la prophétie :
Pécheurs, disparoissez ; le Seigneur se réveille; et la fin de cette même prophétie :
Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur, etc.
Il y eut quatre de ces grandes représentations données à l'Opéra au mois de mai 18 19. Lafon et Mlle Duchesnois y remplirent avec un grand succès les rôles d' Abner et d'Athalie. A la seconde, la recette fut de dix- sept mille francs. Les chœurs, comme nous le dirons tout à l'heure, n'avaient pas été supprimés, et contribuèrent au succès de cette brillante reprise. La mise en scène seule put être vivement critiquée. L'image du bœuf Apis et les statues assises d'Isis et d'Osiris dans le temple n'avaient pas été d'un heureux effet.
En 1847, le talent de Mlle Rachel donna un nouvel éclat aux représentations à'Athalie. Ce fut le 7 avril de cette année
NOTICE
quelle joua pour la première fois dans cette pièce. Quoiqu'elle fût bien jeune pour représenter l'aïeule de Joas, elle triompha de cette difficulté; et son succès fut grand tout d'abord. Quelques personnes, il est vrai, lui reprochèrent, à la première représentation, d'avoir exagéré la fureur; mais tous l'admirèrent, dès ce jour-là, dans la scène vi du cinquième acte; et dans d'autres passages l'on remarqua de très -beaux effets, par exemple la profonde expression qu'elle donna à ce vers :
Je serois sensible à la pitié ?
et la terrible ironie avec laquelle elle disait :
.... J'aime à voir comme vous l'instruisez
Elle joua Athalie dix-huit fois de suite, et s'y fit de plus en plus applaudir. On n'eut, dans cette reprise de 1847, à se plaindre que du retranchement des chœurs. Il est bien à regretter que si souvent , aux époques même les plus brillantes des représentations $ Athalie , le Théâtre-Français ait trouvé impossible de donner une telle oeuvre dans son intégrité.
En plusieurs occasions cependant les chœurs ont été exécutés, par exemple dans cette représentation à Versailles en 1770, où, comme nous l'avons dit, I on parait avoir mêlé à la poésie de Racine des passages de quelques opéras. En 1786, Athalie fut donnée plusieurs fois devant la cour, pendant le voyage de Fontainebleau , et depuis à Versailles , avec les chœurs dont Gossec avait refait la musique, celle de Moreau n'étant plus jugée suffisante. Les chœurs de Gossec ont été estimés dans leur temps ; on en trouvait la musique savante et expressive; toutefois les formes en parurent trop modernes2.
A la ville on n'avait pas encore entendu ces chœurs de Gossec, lorsqu'en 1791 le Théâtre de la Nation put, grâce au concours que le Théâtre-Italien3 lai prôta , donner une reprise
1. Bî&graphie universelle (tome XXXV, Paris, Mme Desplaces), article Rachel , par M. Edouard Thierry.
2. Gossec avait écrit les morceaux d'ensemble; presque tous les solo étaiesjt d'Haydn.
3. Ce théâtre était alors établi place Favart. Malgré le nom qu'il avait conservé, il y avait plusieurs années qu'il n'avait plus d'acteurs
ATHALIE
à'Athalie où ils furent exécutés. La première représentation eut lieu sur le Théâtre-Italien, la seconde sur le Théâtre de la Nation. On vit alors paraître à côté les uns des autres les premiers sujets des deux troupes1. Vanhove était chargé du rôle de Joad, où il eut peu de succès. La musique de Gossec ne fut que médiocrement goûtée.
Cette musique fut cependant, après une interruption de vingthuit ans, soumise de nouveau au jugement du public dans les représentations qu'on donna sur le théâtre de l'Opéra en 1819, et dont nous avons parlé. La symphonie dans la scène de la prophétie fut un des morceaux qui produisirent le plus d'effet, bien qu'au jugement de quelques-uns celle de Baudron 2, qu'on exécutait d'ordinaire au Théâtre-Français, fût peut-être préférable par son caractère solennel et religieux. Mais on trouva fort beau surtout le chœur qui avait été écrit pour le serment du quatrième acte. Ces vers que Racine a mis dans la bouche d'Azarias :
Oui, nous jurons ici pour nous, pour tous nos frères, etc.,
n'avaient cependant pas été destinés par le poète à être mis en musique.
Avant cette époque, Boïeldieu, pendant le séjour qu'il fit en Russie de 180 3 à 181 1, avait composé à Saint-Pétersbourg de nouveaux chœurs iïAthalie qui furent chantés par les magnifiques voix des cent chanteurs de la chapelle impériale. Il s'y trouvait, dit-on, de grandes beautés, ce que le nom du célèbre compositeur autorise à croire; l'effet en fut tel que l'enthousiasme du public pour cette musique découragea la célèbre actrice, qui remplissait sur ce théâtre étranger le rôle d'Athalie (c'était Mlle Georges), et qui ne recueillait plus que la moindre part dans les applaudissements.
Les chœurs de Boïeldieu furent exécutés à Paris en i838, à une représentation au bénéfice de Mme Paradol, qui y faisait
italiens. En 1762 il avait été réuni à l'Opéra-Comique; on y jouait non-seulement des pièces à ariettes, mais des comédies. — A la fin de 1789 le Théâtre-Français avait pris le nom de Théâtre de la Nation.