‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 392 sur 493 · Voyez le Mercure de juillet 1791, ire partie, p · texte numérisé non relu

Voyez le Mercure de juillet 1791, ire partie, p

2. Ce compositeur avait été, dans la seconde moitié du dixhuitième siècle, premier violon de l'orchestre du Théâtre-Français.

NOTICE

ses adieux au public dans le rôle d'Athalie, dont elle était depuis longtemps en possession. Cette représentation eut lieu le 29 mai, et fut suivie de deux autres, où les mêmes chœurs furent encore chantés, le 1 et le 3 juin.

Au mois d'avril 1859, Athalie fut reprise au Théâtre-Français, avec des chœurs de M. Jules Cohen , qu'exécutèrent les élèves du Conservatoire. Il y eut alors un assez grand nombre de représentations , où l'on entendit la nouvelle musique ; Mme Guyon y jouait le rôle d'Athalie *.

Avant de clore cette histoire sommaire des représentations & Athalie, nous devons y rattacher quelques faits, qui ont leur intérêt, parce qu'ils feraient, s'il en était besoin, ressortir un des caractères du chef-d'œuvre de Racine, ce courage qu'avait admiré Duguet, cette généreuse hardiesse de sentiments qui étonne, surtout lorsqu'on pense à l'époque où la pièce fut écrite, à cette cour, à ce roi devant qui elle fut d'abord représentée, et qui avaient donné l'ordre au poète de la composer. Les tragiques grecs, qui travaillaient pour des théâtres où le peuple entier se rassemblait, ont souvent dans leurs tragédies des traits, des maximes bien propres à provoquer les applaudissements d'une nation patriotique et libre. Ces applaudissements populaires, politiques, que Racine apparemment n'ambitionnait pas à Saint-Cyr et à Versailles, son Athalie les a souvent obtenus sur nos théâtres, pour lesquels elle n'avait pas été faite. Il y

1. Sur la musique composée à différentes époques pour les chœurs & Athalie i nous n'avons cru devoir dire que ce qui intéresse directement la scène française. En dehors cependant des chœurs exécutés sur notre théâtre, pour remplacer ceux deMoreau, nous en trouvons d'autres dès le dix-septième siècle. Une édition d' 'Athalie fut publiée en 1697 à Amsterdam, chez Etienne Roger fin-40 de 118 pages), avec les chœurs mis en musique par M. Servaas de Konink. Plus tard (nous croyons qu'il y a environ vingt-cinq ans) Menrlelssohn-Bartholdy composa une ouverture et des chœurs pour Athalie. Mais ce fut en Allemagne qu'il fit entendre cette musique, qu'il avait adaptée aux paroles, non de Racine, mais d'un traducteur allemand. Un de nos compositeurs français, qui a consacré son talent à la musique religieuse, M. Félix Clément a aussi écrit de nouveaux chœurs dAthalie. Ils ont été exécutés à la salle Sainte-Cécile, le 20 mars i858, par les artistes de l'Opéra.

ATHALIE

aura toujours quelque chose de touchant dans cette sympathie entre l'âme de la foule et celle d'un poète qui n'avait pu chercher à la flatter par des allusions. Dans un temps où se faisait sentir l'approche de notre révolution, et où les esprits se passionnaient de plus en plus pour les idées nouvelles, des vers à' Athalie, qu'il est à peine besoin de signaler, excitèrent un enthousiasme presque séditieux. Dans l'ouvrage auquel on a donné le titre de Mémoires de Condorcet1, on trouve un rapport d'un inspecteur de police sur une représentation Athalie, qui avait eu lieu le 16 août 1787. Jamais vers de circonstance n'avaient été accueillis avec des applaudissements d'une signification plus menaçante que ceux de la grande tirade de Joad, dans la scène 111 du quatrième acte :

Loin du trône nourri, de ce fatal honneur, etc.

L'acteur était interrompu à chaque vers par les battements de mains2. De même encore en 1790, à la représentation du 23 octobre, dont nous avons eu occasion de parler3, le public fit de nombreuses applications des vers de Racine aux circonstances politiques4. Il paraîtrait que sous le premier Empire, on s'était mis en garde contre ces manifestations importunes de l'esprit public. M. de Barante, dans sa notice sur Lemontey 5, raconte que celui-ci, alors censeur impérial des théâtres, disait à ses amis : « IN 'allez-vous pas voir, ce soir, Athalie par Racine et Lemontey? » Il va sans dire que X Athalie de Lemontey était Y 'Athalie expurgée de ses médisances contre le pouvoir absolu. N'ayant pas à disserter ici sur les beautés des tragédies de

1. 2 volumes in-8°, Paris, 1824. Le rapport dont nous parlons est aux pages 23i-a35 du tome J.

2. Il faut dire que parmi ces applaudissements tous n'étaient pas également dignes d'un peuple qui aspirait si justement à la liberté, ni en rapport avec les sentiments généreux qui avaient inspiré le poëte. Ainsi on battit des mains à ce vers :

Confonds dans ses desseins une reine cruelle.

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