Biographie universelle (édition citée), article Lemontey
NOTICF..
Racine, nous nous sommes toujours contenté de rapporter historiquement ce qu'il peut y avoir de plus digne de remarque dans les jugements que la critique en a portés. Celle du siècle de Louis XIV a été à peu près muette sur un chef-d'œuvre d'abord peu compris. Mais le temps a mis Athalie à sa place; et cette place est au-dessus de toutes les autres tragédies de notre grand poëte. S'il s'est rencontré de nos jours des censeurs dont le paradoxe n'a pas respecté une admiration qu'en dépit de leur dissidence, on peut dire aujourd'hui si unanime, leurs attaques n'ont laissé d'autre souvenir que celui d'un scandale littéraire, auquel probablement ils s'attendaient. 11 serait sans doute inutile de discuter des assertions comme celles-ci qu' « Athalie est une des pièces les plus médiocres de Racine ; » que le poëte y a été entraîné « à défigurer, sans nécessité et sans raison, les principaux caractères de son drame ; » qu'il a fait « du temple une espèce d'église, et de Mathan et de Joas un bedeau et un enfant de chœur ; » que « considérée dans son plan, dans la distribution de ses moyens, dans la marche de ses idées, Athalie serait donc une pièce toute disloquée, toute trébuchante, toute boiteuse ; » que « le style $ Athalie est généralement mal venu; » que « l'Opéra-Comique d'à présent y regarderait à deux fois avant d'admettre des couplets » de facture semblable à celle des stances des chœurs; enfin, pour couronner le tout, qu'il y a « beaucoup trop fréquemment dans Athalie des fautes de français1. » Des attaques de ce genre n'auraient leur intérêt historique que si elles étaient, comme celles de Subligny, l'œuvre d'une malveillance contemporaine avec laquelle Racine aurait eu à compter. Si nous désirons rappeler quelques critiques, ce sont celles qui, recommandées à l'attention par l'autorité de noms considérables dans les lettres, ont eu une grande notoriété.
1. Voyez les OEuvres littéraires de Granier de Cassagnac, Portraits littéraires, 1 volume in-i 2, Paris, M.DCCC.LI1, p. 187-203. — Pour les fautes de français découvertes par M. Granier, contentons -nous d'un échantillon. Racine a dit au vers 1269 :
Armez-vous d'un courage et d'une foi nouvelle. Il eût fallu dire, selon M. Granier :
Armez-vous d'un courage et d'une foi nouveaux. J. Racine, iii 3y
ATHALÏi:.
Lorsque d'Olivet écrivit en 1737 ses Remarques de grammaire sur Racine, il s'abstint de l'examen d' Athalie, et rendit ainsi raison de l'exception qu'il avait faite pour cette pièce : « J'ai dû me défendre de toucher.... à la dernière {tragédie de Racine)',... car l'Académie, il y a quelques années, entreprit de faire sur Athalie ce qu'elle fit autrefois sur le Cid. J'aurais donc manqué de respect en même temps et à ma compagnie, si j'avais osé la prévenir, et au public, si je l'avais occupé des doutes d'un simple particulier lorsqu'il se promet les décisions d'un tribunal dont l'autorité lui est connue i. » L'Académie songeait alors à publier sa critique, qui avait été délibérée vers 1730; cependant elle la garda dans ses cartons. Les éditeurs du Racine de 1807 (édition delà Harpe) eurent entre les mains une copie du manuscrit, et l'imprimèrent avec un Avertissement dans leur tome Ve2. M. de la Rochefoucauld -Liancourt, dans ses Études littéraires et morales de Racine*, a donné des variantes de ces remarques de l'Académie ; il dit que d'Alembert et la Harpe se sont permis de faire des changements au travail de l'illustre compagnie, et que lui-même rétablit le véritable texte, en signalant les suppressions et additions. Il n'indique pas d'ailleurs où il a trouvé le manuscrit authentique, et il ne nous a pas été donné de nous le procurer. Telle qu'elle a été publiée d'abord , ou telle que le texte doit en être restitué d'après M. de la Rochefoucauld (les différences ne sont pas considérables), cette critique est surtout grammaticale , et nous semble avoir à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que les Remarques de l'abbé d'Olivet, à qui l'Académie aurait pu abandonner ce travail minutieux. On y trouve bien peu d'observations qui s'élèvent au-dessus des détails. Il y en a deux seulement qui ont peut-être plus de portée : l'une blâme quelques vers de la scène ni du troisième acte, où le langage de Mathan a paru s'écarter de la vérité; l'autre se rapporte à ce passage de la prophétie qui fait prévoir au spectateur les crimes futurs de Joas , et que l'on accuse de détruire ainsi l'intérêt pour le jeune roi. Nous