‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 396 sur 493 · Ibidem, tome LXI, p · texte numérisé non relu

Ibidem, tome LXI, p

ATHALIE

versification. Il est vrai qu'il avait la précaution de mettre ses critiques, devenues si déraisonnables, dans la bouche d'un étranger, Milord Cornsbury, avec qui il avait eu, disait-il, une conversation à Paris, au sujet d'une représentation à! Athalie. Il rapportait ainsi l'opinion de ce « digne pair d'Angleterre , » dans son Discours historique et critique à l'occasion de la tragédie des Guèbres : « Je ne puis aimer le pontife Joad. Comment? conspirer contre sa reine, à laquelle il a fait serment d'obéissance! la trahir par le plus lâche des mensonges, en lui disant qu'il y a de l'or dans sa sacristie, et qu'il lui donnera cet or! la faire ensuite égorger par des prêtres à la Porte-aux- Ghevaux ! ... Athalie est une grand' mère de près de cent ans ; le jeune Joas est son petit-fils, son unique héritier ; elle n'a plus de parents ; son intérêt est de Télé ver et de lui laisser la couronne; elle déclare elle-même qu'elle n'a pas d'autre intention. C est une absurdité insupportable de supposer qu'elle veuille élever Joas chez elle pour s'en défaire ; c'est pourtant sur cette absurdité que le fanatique Joad assassine sa reine. Je l'appelle hardiment fanatique, puisqu'il parle ainsi à sa femme :

Quoi ? fille de David, vous parlez à ce traître ? etc.

Je fus très-content du parterre qui riait de ces vers, et non moins content de l'acteur1 qui les supprima dans la représentation suivante Si on ne joue point Athalie à Londres,

c'est qu'il n'y a point assez d'action pour nous ; c'est que tout s'y passe en longs discours; c'est que les quatre premiers actes entiers sont des préparatifs; c'est que Josabet et Mathan sont des personnages peu agissants ; c'est que le grand mérite de cet ouvrage consiste dans l'extrême simplicité et dans l'élégance noble du style2. » Voilà à quelles injustices la passion avait peu à peu conduit Voltaire contre une pièce si longtemps proclamée par lui la plus parfaite de notre théâtre. Il avait feint, à la vérité, de réfuter de son mieUx Milord Cornsbury; mais personne ne s'y trompa; et jaloux de le flatter, ses amis lui écrivirent pour approuver, en les lui attribuant à lui-même, les critiques du

1. Les éditeurs du Racine de 1807, dans une note sur ce passage qu'ils citent aussi, nous avertissent que cet acteur était Sarrazin.

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