‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 407 sur 493 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Cependant je rends grâce au zèle officieux Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux*. Je vois que l'injustice en secret vous irrite, Que vous avez encor le cœur israélite.

Le ciel en soit béni. Mais ce secret courroux, Cette oisive vertu , vous en contentez-vous ? La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère? Huit ans déjà passés2 , une impie étrangère* Du sceptre de David usurpe tous les droits , Se baigne impunément dans le sang de nos rois , Des enfants de son fils détestable homicide , Et même contre Dieu lève son bras perfide. Et vous, Tun des soutiens de ce tremblant Etat, Vous nourri dans les camps du saint roi Josapbat,

■inno M.DC.VII (in-8°). Elle est sans nom d'auteur; mais on sait qu'elle est île Nérée, et ne doit pas être confondue avec la Guisiade de Pierre Matthieu. Le titre de Triomphe de la Ligue est une antiphrase; le sujet est la défaite de la Ligue, la mort du duc de Guise et du cardinal son frère. Les sentiments de cette tragédie sont royalistes, évidemment même huguenots. Voltaire a mal cité le vers qu'il a emprunté à la scène première de l'acte II. Il se lit ainsi :

Je ne crains que mon Dieu, lui tout seul je redoute.

C'est la réponse du garde-loix Constance à Nicodème, royaliste timide, qui vient de lui dire :

Ne redoutez-vous point qu'un ligueur vous écoute ?

Ki Boyer dans son Jephtè (acte III, scène i) a dit par un plagiat maladroit :

Hé ! quels noms donnez-vous au zèle officieux Qui veut régler le vôtre, et vous ouvrir les yeux ?

a. « Cette expression pour dire — huit ans sont déjà passés depuis que

n'est pas exacte. Cependant le sens est clair, le tour est vif, et peut-être préférahle à la construction régulière. D'ailleurs Malherbe, qui l'avait déjà employée dans la Prosopopee d'Ostende : «Trois ans déjà passés,... » a paru faire autorité. » [Sentiments de l'Académie.) — Le vers de Malherbe que rappelle l'Académie est le premier de la Prosopopée dyOst.ende (tome I des OEuvres de Malherbe, p. 56, Poésie xm) :

Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre, etc.

3. La qualité d'étrangère ne permettait pas à Athalie de régner légitimement : a Non poteris alterius gentis horuinem regem facere. » (Deutéronome , xvii, i5.)

J. Racine, m 39

6io

AÏËAL1E.

Qui sous son fils Joram commandiez nos armées ,

Qui rassurâtes seul nos villes alarmées , 8 o

Lorsque d'Okosias le trépas imprévu

Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu 1 :

« Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche. »

Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche :

« Du zèle de ma loi que sert de vous parer ? 8 5

Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer ?

Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ?

Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses2 ?

Le sang de vos rois crie 8, et n'est point écouté.

1. En supposant qu'Abner avait servi sous les trois rois de Juda auxquels Athalie avait succédé par l'usurpation, Racine s'est donné l'occasion de rappeler par quelques traits rapides leur souvenir. Le règne du pieux Josaphat, quatrième roi de Juda et fils d'Aza, est raconté au chapitre xxn du livre III des Rois et aux chapitres xvn-xx du livre II des Paralipomènes. Son fils Joram lui succéda, régna huit ans à Jérusalem, et suivit les voies des rois d'Israël. [Livre IT des Paralipomènes, xxi, 5 et 6.) Le sceptre de Juda passa, après lui, aux mains d'Ochozias, le plus jeune et le seul survivant de ses fils. Ochozias ne régna qu'un an. On peut lire dans le chapitre ix du livre IV des Rois comment Ochozias, qui avait été trouver, à Jesraël, le roi d'Israël Joram, fut attaqué avec lui par Jéhu, qu'Elisée avait fait sacrer roi d'Israël par un de ses disciples, afin qu'il détruisît la maison d'Achab. Jéhu tua Joram de sa propre main, et fit poursuivre Ochozias par ses soldats, avec ordre de le tuer. Ochozias, blessé par eux, alla mourir à Mageddo. Suivant le livre II des Paralipomènes (xxn, 9), Jéhu le tua à Samarie.

2. « Numquid manducabo carnes taurorum,aut sanguinem hircorum potabo? « Immola Deo sacrificium laudis — » (Psaume xlix, i3 et 14.) J. B. Rousseau a aussi traduit ce passage dans l'ode iv de son livre I :

Que m'importent vos sacrifices, Vos offrandes et vos troupeaux ?

Dieu boit-il le sang des génisses ?

Mange-t-il la chair des taureaux ?

— Dans le chapitre Ier de la Prophétie d'Isaïe (versets 11, 17 et 18) on trouve une pensée semblable, plus développée, et avec un mouvement dont on reconnaît l'imitation dans les vers de Racine : « Quo mihi multitudinem victimarum <( vestrarum, dicit Dominus ? Plenus sum. Holocausta arietum, et adipem pin- « guium, et sanguinem vitulorum et agnorum et hircorum nolui.... Discite « benefacere; quaerite judicium, subvenite oppresso, judicate pupillo, defendite « vidnam. Etvenite.... » On pourrait citer dans le même sens d'autres passages des livres saints, particulièrement Michêe, vi, 7.

3. a Vox sanguinis fratris tui clamât ad me de terra. » (Genèse, IV, 10.)

Page 1