SCÈNE II
JOAD, JOSABET.
JOAD
Les temps sont accomplis, Princesse : il faut parler, 1 6 5
Et votre heureux larcin ne se peut plus celer.
Des ennemis de Dieu la coupable insolence ,
Abusant contre lui de ce profond silence ,
Accuse2 trop longtemps ses promesses d'erreur.
Que dis-je ? Le succès animant leur fureur, r 7 o
Jusque sur notre autel votre injuste marâtre3
Veut offrir à Baal un encens idolâtre.
Montrons ce jeune roi que vos mains ont sauvé ,
Sous l'aile du Seigneur dans le temple élevé.
De nos princes hébreux il aura le courage , 175
Et déjà son esprit a devancé son âge.
Avant que son destin s'explique par ma voix ,
I . On a cru ce vers une réminiscence de deux vers d'Euripide (Iphigénie en Aulide, vers 1 55 et 1 56) :
Asuxouvet To'^e yûç yi§yi ÀÛ[i.izova>
Toutefois la ressemblance n'est frappante qu'à la condition d'interpréter Xevxotivet dans le sens actif, comme on l'a fait quelquefois, mais à tort.
i. Dans les trois éditions publiées du vivant de Racine, on lit : accusent, au pluriel; et de même dans les éditions suivantes, de 1702 (Amsterdam), de 1 713, de 1786.