Ochozias, fils de Joram et d'Alhalie
620 ATHALIE
Hélas ! l'état horrible où le ciel me l'offrit Revient à tout moment effrayer mon esprit. De princes égorgés la chambre étoit remplie. Un poignard à la main, l'implacable Athalie Au carnage animoit ses barbares soldats , 245 Et poursuivoit le cours de ses assassinats. Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue. Je me figure encor sa nourrice éperdue , Qui devant les bourreaux s'étoit jetée en vain , Et foible le tenoit renversé sur son sein* 2 5o
Je le pris tout sanglant. En baignant son visage , Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage ; Et soit frayeur encore , ou pour me caresser, De ses bras innocents je me sentis presser1. Grand Dieu, que mon amour ne lui soit point funeste. Du fidèle David c'est le précieux reste 2 : Nourri dans ta maison , en l'amour de ta loi , Il ne connoît encor d'autre père que toi. Sur le point d'attaquer une reine homicide , A l'aspect du péril si ma foi s'intimide , 260
1 . L'imagination de Racine a inventé ce tableau. Il trouvait seulement dans l'Écriture qu'« Athalie, mère d'Ochozias, voyant son fils mort, se leva et fit périr toute la race royale [livre IF des Rois, xi, i; et livre II des Parali/'Omènes,s.TL\\, 10) », et que ccJosabeth, fille du Roi, emporta Joas, fils d'Ochozias, et le déroba du milieu des fils du Roi, tandis qu'on les tuait, et le cacha avec sa nourrice dans la chambre des lits » (livre IV des Rois, xi, 2 ; et livre II des Paralipomènes, xxn, 11).
2. Voyez la Préface, p. 099, et la note 1 de la même page. On lit dans les Notes manuscrites sur Athalie : « Athalie voulut qu'il ne restât pas un seul de la maison de David, et elle crut avoir exécuté son dessein. Il ne resta qu'un seul, qui étoit fils d'Okosias. Josèpke (ix, 7). — Voilà le seul qui vous reste de la maison de David. M. D'And. (M. d'Andilly, traducteur de Josèphe.) — a Joram.... occidit omnes fratres suos gladio. Noluit autem Dominus dis- « perdere domum David, propter pactum, etc., et quia promiserat ut daret « ei lucernam et filiis ejus omni tempore. » II Paralip., chapitre xxi (versets [v et 7) • — Si ces promesses n'avoient été faites à la race de Salomon , Dieu n'avoit qu'à mettre sur le trône les enfants de Nathan. — Le P. R. (le Port- Royal?) : Josabet conserva Joas, et Dieu le permit pour empêcher que la race de David ne fût éteinte. »