ACTE II, SCÈNE V
ABNER
Hé quoi, Mathan? D'un prêtre est-ce là le langage? Moi, nourri dans la guerre aux horreurs du carnage, Des vengeances des rois ministre rigoureux , C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux ; Et vous , qui lui devez des entrailles de père , 575 Vous , ministre de paix dans les temps de colère , Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment , Le sang à votre gré coule trop lentement?
Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte , Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte? 5 80 Un songe , un foible enfant que votre œil prévenu Peut-être sans raison croit avoir reconnu.
ATHALIE
Je le veux croire, Abner; je puis m'être trompée.
Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée.
Hé bien ! il faut revoir cet enfant de plus près; 58 5
Il en faut à loisir examiner les traits.
Qu'on les fasse tous deux paroître en ma présence.
ABNER
Je crains
Manqueroit-on pour moi de complaisance ? De ce refus bizarre où seroient les raisons ? Il pourroit me jeter en d'étranges soupçons. 590 Que Josabet, vous dis-je, ou Joad les amène. Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien, Àbner, vous l'avouer, Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer. Je sais sur ma conduite et contre ma puissance 5 y 5
Jusqu'où de leurs discours ils portent la licence. Ils vivent cependant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage ,
AÏHALIE.
Et ne m'irrite point par un second outrage. 600 Allez.