ACTI- II, SCÈNE VII
ATHALIE
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?
JOAS
Ce temple est mon pays; je n'en connois point d'autre1.
ATHALIE
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?
JOAS
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
ATHALIE
Qui vous mit dans ce temple ?
JOAS
Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.
ATHALIE
Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ?
JOAS
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture2,
1. Dans Y Ion d'Euripide, où l'on pense que Racine a puisé quelques inspirations (voyez ci-dessus la Notice, p. 585 et 586), plusieurs vers peuvent être comparés aux vers 635-640 iïAthalie. Mercure raconte que l'enfant n'eut jamais connaissance de ses parents :
""O Trats T« 7Gi>ç tsxo'vtccs oùx èizi<7Ta.Tcx.i. (Vers 5i.)
Mais il faut citer surtout quelques passages de la scène où Créuse interroge Ion :
Kpsooatx.. SùcTetTt'ç;
"Iwv. Toû 6soù xccàoù/ixoci Soûloc, sifii T% Si -/i/vat....
Ot)x oToa., 7t/ïj v ev* AoÇt'ou xex/rjfjLsdix.... K/Sc'ouua. Naotui <3" ot'xsïs xolsoî' /s;... "Iwv. "Atvxv 6 sou fJLCi (?w/*a....
« creuse. Et toi, qui es-tu?... — ion. On m'appelle le serviteur du Dieu, et je le suis, ô femme — Je ne sais qu'une chose : on me nomme l'enfant d'Apollon. — creuse. Mais du moins ce temple est-il ta demeure?... — ion. Toute la maison du Dieu m'appartient. » (Vers 3ii-3i8.)
2. Dans le passage de la tragédie du Triornp/ie de la Ligue, dont nous avons c^té un vers à la note 2 de la page 608, on lit ;
Celui n'est délaissé qui a Dieu pour son père. Il ouvre à tous la main ; il nourrit les corbeaux ;
J. Racine, iii 4i
ATHALIE
Et sa bonté s'étend sur toute la nature.
Tous les jours je l'invoque; et d'un soin paternel
Il me nourrit des dons offerts sur son autel 1 . 6 5 o
ATHALIE
Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse? La douceur de sa voix , son enfance , sa grâce , Font insensiblement à mon inimitié Succéder Je serois sensible à la pitié ?
ABNER
Madame , voilà donc cet ennemi terrible . 6 5 5
De vos songes menteurs l'imposture est visible , A moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui vous faisoit trembler.
ATHALIE , à Joas et à Josabet.
Vous sortez ?
JOSABET.
Vous avez entendu sa fortune.
Sa présence à la fin pourroit être importune. 6 6o
ATHALIE
Non : revenez. Quel est tous les jours votre emploi?
JOAS
J'adore le Seigneur. On m'explique sa loi.
Il donne la viande aux petits passereaux, Aux bêtes des forêts, des prés et des montagnes : Tout vit de sa bonté. Hé ! l'homme qu'il a fait, De tous les animaux l'homme le plus parfait, L'homme qu'il a formé en sa sainte semblance, Seroit-il seul privé de sa riche abondance?
Il est vrai que, sans avoir besoin de faire aucun empruDt à Néiée, Racine avait sous les yeux ce passage du Psaume cxlvi, verset 9 : « Qui dat jumentis escam oc ipsorum, et pullis corvorum invocantibus eum. » Il faut reconnaître cependant que le premier des vers que nous venons de rapprocher de ceux de Racine rappelle singulièrement
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ?
I. Kpeouira. 'Eç <?' èivop' àyUoo, tivoc rpofrjv xsxTrç/xs'vOs; "lùiv. Bw/aoi fx.' s'fspQov....
« creuse. Mais jusqu'à ce que tu fusses parvenu à l'âge viril, quelle a été ta nourriture? — ion. Les autels m'ont nourri. » (Ion, vers 325 et 326.)