ACTE II, SCÈNE VII
Je n'aurois pas du moins à cette aveugle rage
Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage, 720
Et de votre David traité tous les neveux
Comme on traitoit d'Achab les restes malheureux?
Où serois-je aujourd'hui, si domptant ma foiblesse ,
Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse ;
Si de mon propre sang ma main versant des flots 725
N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots?
Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance
Entre nos deux maisons rompit toute alliance.
David m'est en horreur ; et les fils de ce roi,
Quoique nés de mon sang, sont étrangers pour moi. 730
JOSABET.
Tout vous a réussi 1 ? Que Dieu voie, et nous juge.
ATHALIE
Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge, Que deviendra l'effet de ses prédictions? Qu'il vous donne ce roi promis aux nations ,
Cet enfant de David, votre espoir, votre attente 735
Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente : J'ai voulu voir ; j'ai vu 2.
ABNER, à Josabet.
Je vous l'avois promis :
Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.
1. Il y a ici un point d'interrogation dans les trois éditions publiées du vivant de Racine. C'est aussi la ponctuation des éditions de 1702, de 1 7 1 3 , de 1723 (Cologne), de 1736.
2. L'abbé Nadal , au tome II de ses OEuvres mêlées (édition de 1 73S) , dit que « dans les premières représentations d' Athalie sur le théâtre de Paris, les comédiens changèrent ces deux vers (736 et 737) comme peu intelligibles, selon le jugement de leurs camarades. t> Une telle ineptie est à peine croyable.
ATHALIE