‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 5 sur 493 · Histoire de Charles XII, livre V · texte numérisé non relu

Histoire de Charles XII, livre V

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celle qui plaisait davantage à Charles XII.... Il montrait avec le doigt à M. Fabrice (c'était le nom du gentilhomme qui lui donnait à Bender des conseils pour ses lectures) les endroits qui le frappaient. » On les désignerait aussi sans aucune peine ; car il est évident que, s'il avait un goût particulier pour cette tragédie, c'était, comme le dit Voltaire, « parce que la situation de ce roi vaincu et respirant la vengeance était conforme à la sienne. » Que dans un jugement littéraire le suffrage de Charles XII ne soit pas d'un grand poids, il se peut; mais c'était ici l'âme d'un héros qui se sentait touchée; et dans l'admiration si vive des deux rois conquérants, auxquels on peut joindre le prince Eugène de Savoie , qui savait , dit-on , par cœur les plus belles tirades de Mithridate, nous verrions une preuve, s'il en était besoin, que le don de peindre et de faire parler l'héroïsme était loin de manquer à Racine, quoi qu'on en ait voulu dire quelquefois.

Nous avons dit que les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne qui avaient joué d'original la tragédie de Mithridate y avaient été fort admirés par les contemporains de Racine , surtout la Fleur et Mlle Champmeslé, chargés des deux premiers rôles. L'abbé du Bos, dans ses Réflexions critiques1, rappelle que la Champmeslé avait reçu de Racine pour le rôle de Monime les leçons les plus détaillées, et donne quelques explications sur la manière dont le poète lui faisait réciter ce vers :

Nous nous aimions.... Seigneur, vous changez de visage,

et ceux qui précèdent. C'était, d'après tous les témoignages, un des endroits de la pièce où cette actrice produisait le plus d'effet. Boileau, à ce que rapporte Brossette, le choisissait pour exemple un jour que la conversation roulait sur la déclamation, et le récitant lui-même avec son talent ordinaire de lecteur, et une véhémence dont étaient extrêmement émus ceux qui F écoutaient, il leur disait : « C'étoit ainsi que M. Racine le faisoit dire à la Champmeslé 2. »

Ce même rôle de Monime, qui avait été un des plus touchants

i. 3e partie, section ix.

a. Manuscrit de Brossette, appartenant à la Bibliothèque impériale, p. 62.

NOTICE

parmi ceux de la Champmeslé , fut le rôle de début de Mlle Lecouvreur, le 14 niai 1 7 1 7 ; elle y eut un éclatant succès. Ce fut également un des rôles où se montra d'abord le talent de Mlle Gaussin, un de ceux qui semblaient le mieux faits pour la nature de ce talent. Peu après, Mlle Clairon en fit, avec une sorte de prédilection, l'objet de ses plus savantes études. Cette intelligente actrice en sentait toutes les difficultés, sur lesquelles elle a fait, dans ses Mémoires, de très-justes remarques, dignes de rester comme des préceptes de son art. Après avoir appliqué à Monime ce qu'elle vient de dire d'une jeune Athénienne, chez qui l'habitude de la circonspection et de la décence se peindrait dans les regards, le maintien, dans une démarche mesurée, des gestes moelleux et peu fréquents, elle ajoute : « L'actrice qui, d'après les vers qu'elle [Monime) dit au quatrième acte, croirait pouvoir se permettre le moindre emportement dans ses sons, sa physionomie, sa démarche, ses gestes, ferait la plus énorme faute.. . . Ce rôle est un des plus nobles et des plus touchants qui soient au théâtre; mais je l'ai vivement éprouvé, c'en est un des plus difficiles. Sans cris, sans emportement, sans moyens d'arpenter le théâtre, d'avoir des gestes décidés, une physionomie variée, imposante, il paraît impossible de sauver ce rôle de la monotonie qu'il offre au premier aspect; ces secours aideraient F actrice, mais ils seraient autant de contre-sens pour le personnage. Ce n'est qu'après quinze ans d'étude sur les moyens de contenir ma voix, mes gestes, ma physionomie, que je me suis permis d'apprendre ce rôle, et j'avoue que pour parvenir à graduer de scène en scène et sa douleur et sa noble simplicité, il m'a fallu tout le travail dont j'étais capable.... Je ne me flatte pourtant pas d'être parvenue à le rendre autant bien qu'il peut être; je l'ai trop peu joué pour avoir les moyens d'y corriger mes fautes.... Monime est absolument hors des routes ordinaires1. »

Parmi les plus célèbres tragédiennes qui recueillirent ce rôle dans l'héritage des Champmeslé et des Clairon, nous rencontrons Mlle des Garcins, douée, comme Mlle Gaussin, des qualités naturelles qu'il demande; Mlle Raucourt, dont l'énergie un peu rude y était moins propre, qui le choisit cependant parmi

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