‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 53 sur 493 · SCÈNE IL MONIME, XIPHARÈS, PILEDIME · texte numérisé non relu

SCÈNE IL MONIME, XIPHARÈS, PILEDIME

MONIME

Seigneur, je parlois de vous-même.

Mon âme souhaitoit de vous voir en ce lieu , Pour vous

XIPHARÈS

C'est maintenant qu'il faut vous dire adieu.

MONIME

Adieu ! vous ?

Oui, Madame, et pour toute ma vie.

MONIME

Qu'entends-je? On me disoit.... Hélas! ils m'ont trahie.

XIPHARÈS

Madame , je ne sais quel ennemi couvert, i r 8 5

Révélant nos secrets, vous trahit, et me perd.

Mais le Roi, qui tantôt n'en croyoit point Pharnace,

Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe»

Il feint , il me caresse , et cache son dessein ;

Mais moi, qui dès l'enfance élevé dans son sein1, 1190

De tous ses mouvements ai trop d'intelligence ,

J'ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse , il fait partir tous ceux dont mon malheur

Pourroit à la révolte exciter la douleur.

De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte. 1195

I. C'est un latinisme. Au chapitre xxvni du Dialogue sur les orateurs, attribué à Tacite, on lit : « Gremio ac sinu matris educabatur. »

MITHRIDATE

Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte.

Il a su m' aborder ; et les larmes aux yeux :

« On sait tout, m'a-t-il dit : sauvez-vous de ces lieux. »

Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine ,

Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène. 1200

Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux

Vous prier, ma Princesse, et vous fléchir pour vous.

Vous dépendez ici d'une main violente ,

Que le sang le plus cher rarement épouvante ;

Et je n'ose vous dire à quelle cruauté 1 2 o 5

Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace *,

Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce.

Daignez , au nom des Dieux , daignez en profiter ;

Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter. 1210

Moins vous l'aimez , et plus tâchez de lui complaire ;

Feignez, efforcez-vous : songez qu'il est mon père.

Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter. que des pleurs.

MONIME

Ah ! je vous ai perdu !

XIPHARÈS

Généreuse Monime , 1 2 1 5

Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit ; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père , Qui le fit mon rival , qui révolta ma mère , 1220 Et vient de susciter , dans ce moment affreux , Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

MONIME

Hé quoi? cet ennemi, vous l'ignorez encore?

XIPHARÈS

Pour surcroît de douleur, Madame, je l'ignore.

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