SCÈNE IL MONIME, XIPHARÈS, PILEDIME
MONIME
Seigneur, je parlois de vous-même.
Mon âme souhaitoit de vous voir en ce lieu , Pour vous
XIPHARÈS
C'est maintenant qu'il faut vous dire adieu.
MONIME
Adieu ! vous ?
Oui, Madame, et pour toute ma vie.
MONIME
Qu'entends-je? On me disoit.... Hélas! ils m'ont trahie.
XIPHARÈS
Madame , je ne sais quel ennemi couvert, i r 8 5
Révélant nos secrets, vous trahit, et me perd.
Mais le Roi, qui tantôt n'en croyoit point Pharnace,
Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe»
Il feint , il me caresse , et cache son dessein ;
Mais moi, qui dès l'enfance élevé dans son sein1, 1190
De tous ses mouvements ai trop d'intelligence ,
J'ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.
Il presse , il fait partir tous ceux dont mon malheur
Pourroit à la révolte exciter la douleur.
De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte. 1195
I. C'est un latinisme. Au chapitre xxvni du Dialogue sur les orateurs, attribué à Tacite, on lit : « Gremio ac sinu matris educabatur. »
MITHRIDATE
Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte.
Il a su m' aborder ; et les larmes aux yeux :
« On sait tout, m'a-t-il dit : sauvez-vous de ces lieux. »
Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine ,
Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène. 1200
Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux
Vous prier, ma Princesse, et vous fléchir pour vous.
Vous dépendez ici d'une main violente ,
Que le sang le plus cher rarement épouvante ;
Et je n'ose vous dire à quelle cruauté 1 2 o 5
Mithridate jaloux s'est souvent emporté.
Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace *,
Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce.
Daignez , au nom des Dieux , daignez en profiter ;
Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter. 1210
Moins vous l'aimez , et plus tâchez de lui complaire ;
Feignez, efforcez-vous : songez qu'il est mon père.
Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs
Je puisse à votre amour ne coûter. que des pleurs.
MONIME
Ah ! je vous ai perdu !
XIPHARÈS
Généreuse Monime , 1 2 1 5
Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit ; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père , Qui le fit mon rival , qui révolta ma mère , 1220 Et vient de susciter , dans ce moment affreux , Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.
MONIME
Hé quoi? cet ennemi, vous l'ignorez encore?
XIPHARÈS
Pour surcroît de douleur, Madame, je l'ignore.