ACTE V, SCÈNE V
Mais je sens afFoiblir ma force et mes esprits1. Je sens que je me meurs. Approchez-vous, mon fils. Dans cet embrassement dont la douceur me flatte , x 69 5 Venez, et recevez l'àme de Mithridate2.
MONIME
Il expire.
tion xxn), qui ne sait pas que Pharnace qui s'étoit allié aux Romains contre son père Mithridate, fut dépouillé honteusement de ses États par Jules Césai quelques années après , n'est point frappé de la beauté des vers prophétiques que Racine fait proférer à Mithridate expirant. » Sur la défaite de Pharnace par César, et sur sa mort, voyez la fin de la Préface de Mithridate, et la note i de la page 21. — La Calprenède fait aussi annoncer par Mithridate, mais à Pharnace lui-même, la victoire de César (la Mort de Mithridate , acte IV, scène m) :
Au lieu de ce repos que tu t'étais promis, Tu seras le plus grand de tous tes ennemis. Ecoute cependant un esprit prophétique : Tu seras ruiné par cette république ; Et ces mêmes Romains à qui tu fais la cour, Te mettront à néant par la guerre d'un jour. Un plus puissant guerrier que Luculle et Pompée Te vaincra sans effort presque d'un coup d'épée ; Et prenant l'intérêt des Romains et de moi, Sa main me vengera de Pompée et de toi.
Une prophétie , si exacte dans le détail, nous paraît invraisemblable eu un sujet profane; l'artifice en est trop visible.
x.Var. [Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice.] Le Parthe, qu'ils gardoient pour triomphe dernier, Seul encor sous le joug refuse de plier. Allez le joindre. Allez chez ce peuple indomptable Porter de mon débris le reste redoutable. J'espère , et je m'en forme un présage certain , Que leurs champs bienheureux boiront le sang romain * ; Et si quelque veugeance à ma mort est promise, Que c'est à leur valeur que le ciel l'a remise.
[Mais je sens affoiblir ma force et mes esprits.] (1673) 2. Louis Racine, dans l' Examen de Mithridate , rapproche ce vers du vers. 652 du livre IV de YÉnéide de Virgile :
Accipite hanc animant....
et il fait cette juste remarque : « Nous disons recevoir les derniers soupirs. Cette expression : Recevez l'âme, est conforme la manière de parler et de penser des anciens. »
* Allusion à la défaite prochaine de Crassus.
ioo MITHRTD AÏE.
XIPHARES.
Ah ! Madame , unissons nos douleurs , Et par tout l'univers cherchons -lui des vengeurs.
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE
IPHIGÉNIE
TRAGÉDIE
NOTICE
Louis Racine dit dans ses Mémoires 1 que les deux Iphigénies , celle de son père et celle de le Clerc , parurent en 1675. Il ajoute en note que les auteurs de Y Histoire du Théâtre francois placent en 1674 la première représentation de la pièce de Racine, se fondant « sur une autorité qui peut être douteuse. » Il laisse ainsi la question indécise. Plus tard, lorsqu'il écrivit ses Remarques sur les tragédies de Jean Racine, publiées en 1752, il n'avait plus, à ce qu'il semble, la même incertitude sur ces dates, puisque dans V Examen d' 1 phi génie il dit : « Le Clerc, de l'Académie Françoise, quoique témoin du succès de cette tragédie , eut le courage de faire représenter Vannée suivante, en 1675, celle qu'il avoit faite sur le même sujet. » Nous ne savons s'il avait alors démêlé ce qui était vrai, ce qui était faux dans les assertions de V Histoire du Théâtre francois ; mais rien n'eût été plus facile. Les frères Parfait ne s'étaient pas fondés sur une autorité douteuse; mais ils avaient mal interprété le témoignage dont ils s'étaient servis lorsqu'ils avaient cru pouvoir en conclure qa'Iphi génie avait été représentée sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne vers le mois de février 1674 2. Tout cela est depuis longtemps éclairci. Iphigénie fut représentée à l'Hôtel de Bourgogne dans l'hiver de 1674- 1675, probablement en 1675; mais dès le mois d'août 1674, la cour avait eu les prémices de ce chef-d'œuvre dans les divertissements de Versailles.
Cette représentation d' 'Iphigénie dans les fêtes royales , qui fut, sans le moindre doute, la première, n'était connue des