Histoire du Théâtre francois, tome XI, p. 35g
IPH1GËNIE.
historiens du théâtre français que par le petit livre intitulé : les Divertis semens de Versailles donnés par le Roy à toute sa cour, au retour de la conqueste delà Franche-Comte , en ï année 16741. Félibien , auteur de cette relation , décrivant la fête de la cinquième journée, qui eut lieu le samedi 18 août 1674, nous met sous les yeux le théâtre qu'on avait dressé pour cette fête « au bout de l'allée qui va dans l'Orangerie. La décoration représentait une longue allée de verdure, où, de part et d'autre, il y avoit des bassins de fontaines , et d'espace en espace des grottes d'un ouvrage rustique, mais travaillé très-délicatement. Sur leur entablement régnoit une balustrade où étoient arrangés des vases de porcelaine pleins de fleurs ; les bassins des fontaines étoient de marbre blanc , soutenus par des Tritons dorés, et dans ces bassins on en voyoit d'autres plus élevés qui portoient de grandes statues d'or. Cette allée se terminoit dans le fond du théâtre par des tentes qui avoient rapport à celles qui couvroient l'orchestre; et au delà paroissoit une longue allée, qui étoit l'allée même de l'Orangerie, bordée des deux côtés de grands orangers et de grenadiers, entremêlés de plusieurs vases de porcelaine remplis de diverses fleurs. Entre chaque arbre il y avoit de grands candélabres et des guéridons d'or et d'azur qui portoient des girandoles de cristal, allumées de plusieurs bougies. Cette allée finissoit par un portique de marbre ; les pilastres qui en soutenoient la corniche étoient de lapis, et la porte paroissoit toute d'orfévrerie. Sur ce théâtre, orné de la manière que je viens de dire, la troupe des comédiens du Roi représenta la tragédie à'Iphigénie , dernier ouvrage du sieur Racine , qui reçut de toute la cour l'estime qu'ont toujours eue les pièces de cet auteur2. » Ces dernières paroles devaient déjà faire soupçonner qu'il s'agissait d'une pièce nouvelle, mais sans l'attester assez positivement. La Gazette s'exprime d'une façon plus explicite, sous la date de Versailles, le 24 août 1674 : « Le 18 de ce mois — le sieur de Gourville, envoyé par le prince de Condé, présenta à Sa Majesté cent sept drapeaux ou étendards,
1. A Paris, chez Jean-Baptiste Coignard , M.DC.LXXIV, 1 vol. in-12. L'Achevé d'imprimer est du 22 octobre 1674.