Voyez ci-après, p. 142 et
3. Voyez la première édition des Remarques de Bouhours (1 volume in-4°, 1675), p. 387.
NOTICE
reurs. Il n'est pas jusqu'à Barbier d'Aucour qui, au milieu des plates injures de son Jpollon charlatan, a' ait été forcé de rendre au pathétique d'Iphigénie un témoignage semblable. « Depuis la mort de Molière, dit-il,
.... Apollon, n'ayant plus de quoi rire,.. D'un déluge de pleurs va noyer son empire. En effet, sa Racine attendrit tant de cœurs, Lorsque d'Iphigénie elle anime les charmes , Qu'elle fait chaque jour par des torrents de larmes Renchérir les mouchoirs aux dépens des pleureurs. »
Depuis la Thébaïde, sa première tragédie, dont il s'était, on s'en souvient, flatté, un peu plus qu'il n'était juste, d'avoir « dressé à peu près le plan sur les Phéniciennes d'Euripide, » Racine n'avait plus essayé de transporter sur notre théâtre aucune des belles œuvres tragiques de la Grèce; il s'était contenté, même dans And/'omaque, d'y chercher, en tenant compte de la différence des temps, les règles de son art, et assez souvent des emprunts de détail. Si nous laissons donc de côté l'œuvre de jeunesse où il avait pris pour modèle Rotrou beaucoup plus qu'Euripide, Iphigénie est la première de ses tragédies où il ait directement engagé la lutte avec un des maîtres de la scène antique. Alors, comme autrefois à son début, comme un peu plus tard dans sa Phèdre et dans ses projets d'une Jlceste et d'une Iphigénie en Tauride, ce fut une pièce d'Euripide qu'il choisit pour objet de son émulation, soit qu'il eût senti que, par le pathétique plus animé et par îe mouvement plus vif de ses compositions dramatiques, Euripide est celui des tragiques d'Athènes qui s'éloigne le moins du génie moderne ; soit, comme on l'a souvent dit, que la perfection de Sophocle l'effrayât et ne lui parût pas laisser assez d'indépendance à qui voudrait, sans se dépouiller de sa propre originalité, traiter les mêmes sujets; assez de liberté aux transformations que devaient subir ces antiques chefs-d'œuvre pour être acceptés sur notre scène.
Quand on rapproche, comme nous l'avons dû faire dans les notes sur Y Iphigénie, plusieurs des principales scènes et des plus beaux passages de la tragédie française des scènes et des passages qui y correspondent dans celle d'Euripide, il semble d'abord que Racine ait suivi de très-près son modèle. Il est